Le Nemo
Supporter esseulé dans un stade vide. @pixabay

Supporter en 2020 : vivre son sport sous restrictions

Le sport, au même titre que la culture, est l’une des principales victimes, d’abord du confinement, puis des mesures restrictives qui régissent désormais notre quotidien. Depuis, le monde du supportérisme est profondément impacté dans ses pratiques. Nantes, place forte en France du sport professionnel a intégré le cortège de ces villes, dont les clubs professionnels souffrent. Leurs supporters doivent désormais adapter leur passion à cette nouvelle vie.

Les habitants du quartier de La Beaujoire ont rarement connu des week-ends aussi calmes. Pas de chants, aucune clameur s’élevant du stade et les attroupements des grands matchs ont laissé place aux balades familiales post-repas dominical. Depuis septembre, l’antre de la Maison Jaune sonne creux. Mille personnes maximum quand l’enceinte peut en compter presque 33 000, pas besoin d’être une calculatrice sur pattes pour comprendre la situation.

Dans les autres sports professionnels, même situation, les rugbymen du Stade Nantais, les basketteurs des Hermines, ou encore les handballeurs du HBC Nantes ne font pas le plein. Le gouvernement ayant plafonné l’accès aux enceintes sportives à 5 000 personnes et même mille dans les zones en alerte maximale. Dans les stades, il est désormais interdit de se lever et se regrouper, avec obligation du port du masque et des gestes barrières. Toute l’essence même du supportérisme est désormais contrôlée et minorée. Les préfectures restent seules, décisionnaires de la vie des stades et du sport, avec des arrêtés qui tombent comme la pluie, depuis plusieurs semaines. Damoclès et son épée ne sont jamais très loin. En Loire-Atlantique, jusqu’au 2 novembre, les rassemblements pour des rencontres sportives sont limités à 1000 personnes. Certaines rencontres sont mêmes reportées, comme récemment le match HBC Nantes – Tremblay.

Des adaptations made-in 2020

La Covid-19 serait donc anti-sportive ? C’est à croire, tant le milieu est impacté par la crise apparue en France au début de l’année 2020. Depuis, chaque club, chaque sport, tente à sa manière de réduire la distance imposée par le virus. Le FC Nantes et le HBC Nantes ont, par exemple, dynamisé leur présence sur les réseaux sociaux. Retransmission des matchs amicaux d’un côté et publication des résumés des rencontres de l’autre. Les supporters ne sont pas en reste, puisque certains d’entre eux ont su compenser les mesures restrictives et le manque de leur club par des chemins de traverses. Nino, jeune supporter de 14 ans des jaune et vert, né le ballon rond aux pieds si on l’écoute, a crée une page fan sur Instagram pour « rester en contact avec les supporters et les joueurs. Sur Facebook, je fais partie de groupes où je transmets toutes les actualités qui me passent sous le nez. »

De son côté, Franck, presque cinquantenaire, est membre des supporters les plus engagés des violets. Le responsable commercial fait partie, depuis deux ans, des Ultr’H. Bien connu des fans de handball pour leurs encouragements continus et leurs incroyables tifos. Lui, a participé pleinement à la page Facebook des supporters du HBC Nantes : « Notre page fonctionne vraiment bien et nous postons très régulièrement, presque quotidiennement. On se tient informés, on regarde des matchs en replay de la saison, ceux des adversaires en coupe d’Europe. On parle des futurs tifos. » Le but étant de rester en contact et d’entretenir leur flamme de supporter. Devenue plutôt étincelle car fortement bousculée, cette passion propre aux supporters doit composer avec différents éléments depuis cette reprise.

Ne pas avoir un hérisson dans le portefeuille

Si le confinement a entraîné l’arrêt des sports professionnels, les supporters devaient depuis, quelques années déjà composer avec certaines autres problématiques. D’abord, le coût des abonnements. Pour supporter les canaris, il faut par exemple débourser au minimum 180€ par saison. Concernant la H Arena, logis des violets du HBC Nantes, le portefeuille doit s’alléger de 100 à 200€ selon la place que l’on souhaite. À la patinoire du Petit Port, le frigo des Corsaires de Nantes, le club de hockey a pris une décision forte concernant ses supporters. Le communiqué publié le 28 septembre annonce la non-ouverture des abonnements pour la saison 2020 – 2021 : « Chèr(e)s supporters, compte tenu du contexte actuel et des dernières décisions gouvernementales, le club a préféré retarder au maximum le lancement des adhésions avec l’espoir de trouver une solution acceptable et respectueuse du protocole sanitaire. Malheureusement pour des raisons techniques et sanitaires, la campagne d’abonnement pour la saison 2020-2021 ne pourra se tenir. En effet, la capacité d’accueil du Petit Port étant difficilement déterminable d’un match à l’autre, nous avons décidé de rester prudents dans le cas où celle-ci viendrait à évoluer à la baisse en cours de saison. C’est donc avec regret que nous avons décidé de ne pas lancer la campagne pour la saison 2020/2021. » Le club a fait le choix d’actionner sa billetterie match après match et impose un siège de distance entre chaque groupe de réservation.

Pas d’abonnement donc sur la glace, mais pour le parquet c’est autre chose. Le club de basket d’entre Loire et Erdre est le seul club professionnel nantais a avoir laissé sa campagne d’abonnement en libre accès. Pour admirer les doubles mètres des Hermines et les shoots sur le buzzer, il faudra débourser au minimum 130€ par saison et respecter les règles sanitaires : port du masque, respect d’un siège d’écart, interdiction de se lever… Pour autant, le club a déjà connu plusieurs reports de match pour des cas de Covid dans son effectif professionnel.

Les retransmissions TV, la même expérience à la clef ?

Si le sport se vit dans les stades, les retransmissions sportives, notamment des sports collectifs sont la figure de proue des chaînes sportives. Leur nombre a considérablement augmenté, tout comme le prix des abonnements. Eurosport à 9,99€ par mois, RMC Sport à 19,99€ , BeIN Sport à 15€ par mois, Canal + à 19,90€, Téléfoot à 25,90€. Au total, la note est salée. Pour l’essentiel du sport, et notamment pour le tapis vert : il faut débourser plus de 90€ par mois. Le marché est fortement concurrentiel et pour autant, les prix vont uniquement à la hausse. Un constat mené par les aficionados de sport. Nino et ses parents ont décidé d’annuler leur abonnement à Téléfoot pour le ratio coût/qualité. « En ce moment, c’est vraiment la grosse galère, on a décidé de se désabonner. » Si le football est le premier pourvoyeur d’images pour les chaînes sportives. Le handball n’est pas en reste et le constat demeure le même. Le système D est toujours en tête. Marion, enseignante de 28 ans la semaine et membre des Ultr’H, préfère user de combines plutôt de souscrire à des chaines de sport, elle en rigole mais n’a « absolument aucun abonnement, et comme tout le monde je récupère les codes client de quelqu’un qui paie. » Cette idée, Franck la comprend. Lui, a préféré se « désinscrire de BeIN Sport puisqu’ils ont perdu les droits de la Lidl StarLigue (le championnat français de handball ndlr). » Il avoue utiliser pas mal le streaming, puisque dans le fond, « c’est gratuit et on peut trouver de bons liens. »

Il n’est pas étonnant de voir le public déserter ces chaines spécialisées. D’autant plus, que l’ambiance des stades n’existe pas derrière les écrans, quand bien même les diffuseurs en créent des virtuels. Pas de fumigènes, pas de tifos, pas de chants menés à l’unisson par des dizaines de milliers de supporters. Les chaînes sportives ne permettent rien de tout cela. À tel point que leur chute est presque inévitable. Puisque Nino en a parlé, une petite pensée pour l’actualité et le cas Médiapro et sa chaîne Téléfoot. Le groupe sino-espagnol doit payer les droits TV qu’il a acquis mais n’a pas les fonds le permettant. L’accord promis de 814 millions par an sur quatre ans est donc grandement remis en question. Des chiffres vertigineux, tout comme le prix de ces abonnements qui pousse leurs publics à chercher des alternatives. Évidemment, il y a toujours la radio qui est « gratuite et libre d’accès et me permet de participer au live commenté sur Facebook. On n’en est jamais déçu » précise Sébastien, supporter du FC Nantes.

Le streaming dont Franck parlait reste actuellement la première alternative des supporters. Il s’agit de liens internet envoyant vers des flux de chaînes sportives, le tout, complètement gratuit. Nino, narquois, avoue y avoir recours assez souvent : « disons que ça marche pratiquement aussi bien, il suffit d’avoir le bon lien, donc oui ! Je trouve ça idiot de payer pour regarder du football, il n’y avait pas tout ça avant. Maintenant il faut compter 50€ par mois pour regarder le foot de tous les championnats !  »

« C’est devenu triste et frustrant » 

Pour autant l’expérience de stade reste privilégiée. Temple du sport, il est difficile pour des supporters d’imaginer suivre et encourager leur équipe depuis leurs canapés avec les coussins et plaids offerts par mamie. Malheureusement, toutes et tous ont le même constat depuis cette reprise : supporter est devenu « triste et frustrant » comme l’indique Marion. Peu importe le sport, les déplacements de supporters sont interdits et les mesures imposées par les clubs réduisent fortement les possibilités d’encouragements. Franck, lui, a repris sa place depuis le début de la saison dans le kop des Ultr’H, souhaitant faire de nouveau vibrer la H Arena. Aujourd’hui, il est « dégoûté » et trouve les mesures imposées par le club et l’État « totalement absurdes » . Le supporter fait état d’un manque de ne pas « voir les matchs, de vibrer, de ” gueuler ” pour l’équipe »  mais aussi d’une frustration induite par un masque jugé handicapant pour ce qui l’unit habituellement à ses pairs et qui les aide à créer du lien.

Communiqué début de saison 📝

Publiée par Ultr'H sur Samedi 5 septembre 2020

Bien que les mots employés soient différents, cette idée reste partagée par un grand nombre de supporters, comme le confie Marion, Nino ou encore Sébastien. S’ils rencontrent de plus en plus d’entrave à leur passion, ils ont su profiter de solutions alternatives s’ouvrant à eux et parfois même, les ont créées. Le streaming et les réseaux sociaux en tête. Continuer à vivre sa passion, la sentir se répandre à travers son corps quand le match débute, à vibrer, à avoir les poils hérissés, à faire exister son club, voilà le principal objectif de ces supporters. Marion, d’un calme des plus grands matchs insiste : « J’espère que ça reviendra le plus vite possible à la normale. En attendant, je continuerai de suivre les matchs, et même de la maison s’il le faut. Dans tous les cas, je continuerai à supporter quoi qu’il arrive. »

Pierre Merceron

Pierre Merceron

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