Le Nemo

Elvyre Kernosia : « La sorcière moderne a une cup »

Dépeintes dans la pop-culture comme les méchantes ou les héroïnes, symbole féministe du XXIe siècle, brûlées pour leur indépendance, les sorcières ont eu mille et un visages. Alors qu’elles reviennent à la mode, Le Nemo a rencontré Elvyre Kernosia, sorcière de mère en fille. Elle nous partage son quotidien ensorcelant.

Le Nemo : Elvyre Kernosia, tu es maman d’une petite fille de 8 mois, anciennement étudiante en communication et jeune astrologue de 24 ans. Tu vas faire de la sorcellerie ton métier à temps plein puisque tu ouvres une boutique ésotérique en janvier 2021 à Nantes. Comment devient-on sorcière au XXIe siècle ?

Elvyre Kernosia : Pour ma part, la sorcellerie est dans mon sang, j’ai baigné dedans car je viens d’une lignée de sorcière. Ma fille Dana, à son tour, est une bébé-sorcière. Si nous grandissons avec la sorcellerie, il y a tout de même des limitations. Nous ne pouvons pas tout faire à n’importe quel âge, ce serait irraisonnable. Par exemple, ce n’est qu’à partir de nos 13 ans que nous pouvons commencer à pratiquer des sortilèges et rituels légers. Les deux premières années nous étudions principalement la biologie et la physique. Nous sommes autorisés à pratiquer de la magie plus compliquée aux alentours de la majorité. Mais peu importe si l’on vient d’une lignée ou non, la sorcellerie reste très accessible. D’ailleurs, bien des gens la pratiquent sans le savoir. Je pense, par exemple, aux personnes qui réalisent beaucoup de méditation ou de sophrologie. Ce sont, déjà, des pratiques de magie blanche. Nous ne devenons pas sorcières avec un diplôme, mais si on veut aller plus loin, nous pouvons être initiés en rentrant dans un coven. C’est un rassemblement de sorciers et sorcières qui partagent les mêmes croyances et pratiques de sorcellerie.

C’est à croire que tout le monde pourrait devenir un sorcier ou une sorcière.

Je pense que certaines personnes sont incapables d’accepter qu’elles n’ont pas le contrôle sur tout. Peuvent devenir sorcières ou sorciers ceux qui comprennent qu’il y a des forces qui nous dépassent. Mais l’important n’est pas de s’identifier comme tel : il n’y a pas besoin de se dire sorcier pour l’être. La sorcellerie, c’est avant-tout prendre conscience que les éléments sont interconnectés et qu’ils s’influencent. Lancer un sort, c’est émettre une onde vibratoire assez forte pour que ce que tu demandes se produise. C’est d’ailleurs pour cela que je trouve le terme de « sciences-occultes » parlant : la sorcellerie, c’est étudier la science après les sciences, c’est-à-dire celle qui n’est pas visible à l’œil nu. Un jour nous saurons sûrement l’expliquer scientifiquement, les deux domaines ne sont pas incompatibles. Je suis d’ailleurs la seule dans ma famille à ne pas travailler dans la science. Mes parents sont sorciers et docteurs en biologie, ma grand-mère est sorcière et docteure en médecine, mon grand-père est ingénieur en bio-ingénierie et chamane, ce qui est une autre branche de la sorcellerie. Il y a beaucoup de courants différents et chez moi, je suis aussi la seule à être une sorcière païenne.

Elvyre Kernosia, nantaise, maman et sorcière. © Elvyre Kernosia

La sorcellerie c’est étudier des sciences qui ne sont pas visibles à l’œil nu. Un jour nous saurons sûrement l’expliquer scientifiquement car les deux domaines ne sont pas incompatibles.

Le terme païen s’emploie pour désigner une religion ancienne. Est-ce que cela signifie qu’en ce qui te concerne, la sorcellerie est ta religion ?

Toutes les sorcières ont leurs croyances mais le paganisme, le courant des sorcières païennes, c’est effectivement très religieux. Pour ma part, ça l’est d’autant plus que je suis également prêtresse. Je peux, par exemple, enseigner la sorcellerie ou réaliser des mariages païens. Le paganisme, que l’on soit prêtresse ou non, c’est le fait d’honorer les panthéons païens tels qu’ils étaient dans les anciennes traditions. Les sorcières païennes croient et travaillent au nom de divinités anciennes : c’est donc une religion polythéiste. Il y en a pour tous les panthéons. Moi, j’ai des origines bretonnes qui me tiennent à cœur donc je travaille pour le panthéon celtique. Mais il existe également du paganisme égyptien ou viking, et nos pratiques ne sont pas du tout les mêmes. Je n’en ai encore jamais rencontré, mais il y a aussi des sorcières païennes qui honorent les dieux incas et mayas. Nous (comprendre les sorcières païennes) ne sommes pas les plus populaires, ni les plus nombreuses, il faut le dire ! Nous entendons davantage parler des wiccas qui sont, certes, bien plus à la mode mais bien plus récentes aussi puisque cette tradition n’a que 70 ans.

Quand on parle de sorcellerie, on imagine toute la panoplie qui va avec. Est-ce qu’il y a des stéréotypes qui correspondent à la sorcière de 2020 ?

Je ne crois pas me tromper si je dis que toutes les sorcières ont leur boule de cristal. Puis… Si vous pouviez voir mon appartement, vous seriez servis. C’est envahi d’objets emblématiques de sorcières. Pendules, pierres magiques, plumes de corbeaux… Il y en a partout ! (rires) J’ai évidemment des bibliothèques entières de grimoires. Certains sont des héritages familiaux et ils sont secrets. Ils collent à ce qu’on attend d’un grimoire… Un peu à la Charmed. Mais d’autres, sont des livres de sorcellerie en vente à la FNAC et ils sont très bien aussi. Par contre, l’un des classiques auquel je ne réponds pas c’est le chaudron. Je vais me faire taper sur les doigts mais personnellement, je prépare mes potions dans les mêmes casseroles que pour les pâtes. Je ne suis pas un modèle sur ce point car les sorcières vertes, ces herboristes qui travaillent avec les plantes, ont souvent des ustensiles de cuisine uniquement à cet effet. Si je dois retenir, toutefois, un cliché qui m’énerve beaucoup, c’est celui qui voudrait que toutes les sorcières travaillent avec le diable. Ce n’est absolument pas vrai. C’est un courant parmi tant d’autres, mais c’est loin d’être le premier. Le diable, lui, n’a même pas 2000 ans tandis que la magie date de la préhistoire. La magie noire n’est donc absolument pas le fondement de la sorcellerie.

© Elvyre Kernosia

Il suffit de regarder sur Instagram ou Pinterest pour comprendre que la sorcellerie est mieux accueillie qu’il y a 15/20 ou même 30 ans. C’est même carrément à la mode et ça nous sert bien.

Elvyre Kernosia
Est-ce qu’il y a de nouvelles caractéristiques, dues à l’époque, qui définissent la sorcière ?

Souvent, la sorcière moderne a une cup. C’est tellement pratique. En sorcellerie, le sang est un fil conducteur entre les éléments. À savoir qu’on comprend donc l’eau, le feu, la terre, l’air mais aussi l’esprit. Pendant nos sorts, le sang les relie. La cup permet de le recueillir pour s’en servir ensuite, que ce soit en le faisant brûler dans ses bougies ou en l’enterrant dans les bois par exemple. C’est surtout en magie noire qu’on fait appel aux liquides organiques : du sang, de la cyprine ou du sperme… Je suis consciente que ça parait crade dis comme ça, mais la sorcellerie c’est souvent dégueu. (rires) Pour préciser, la magie qu’elle soit blanche ou noire n’est ni bonne ni mauvaise, c’est l’intention qu’on y met, en tant que sorcier, qui lui dessine un chemin. Il y a aussi les réseaux sociaux, mais comme tout le monde ! Beaucoup d’entre nous sont très présents sur Instagram. J’ai des amies qui ont des comptes exclusivement sur la sorcellerie et qui ont 9000 abonnés. En ce qui me concerne, je réalise souvent des guidances en story. Ça consiste à tirer les cartes pour transmettre un message des dieux. Parfois ils sont pour l’ensemble de mes abonnés, parfois pour une personne en particulier et dans ce cas je passe par message privé. On adore aussi binge-watcher les séries de sorcières. Hormis la saison 3, Les Nouvelles Aventures de Sabrina a touché dans le mille. Mais de-là à dire que ça nous défini… (rires)

Est-ce que c’est facile de dire qu’on est une sorcière en 2020 ?

Moi, je le dis haut et fort ! C’est presque écrit sur mon front… (rires) Mais il suffit de regarder sur Instagram ou Pinterest pour comprendre que la sorcellerie est mieux accueillie qu’il y a 15/20 ou même 30 ans. Les Hommes retrouvent un intérêt spirituel envers la magie et la sorcellerie. C’est même carrément à la mode et ça nous sert bien. Avec les séries et films de la pop culture, il y a un côté glamour qui nous permet de nous présenter comme tel sans trop redouter. La sorcellerie a un esthétique qui charme, notamment, sur les réseaux sociaux. Évidemment tout le monde n’est pas aussi ouvert puisqu’on subit, parfois, des “Il est où ton Nimbus 2000 ?”. Certaines personnes superstitieuses le vivent mal aussi, mais ça n’empêche pas d’avoir des amis de foi catholique. Globalement, nous avons la chance de vivre à une époque où la magie est tendance. Pour ma famille, ça n’a pas été le cas. Des années passées, la sorcellerie avait mauvaise réputation. Alors, c’est un sujet dont ils ne parlent que très peu. Ma grand-mère me taperait sur les doigts si j’en disais trop sur notre lignée… Après… C’est aussi dans les traditions sorcières de ne pas trop en dévoiler. Pour Halloween, nous fêtons le sabbat de Samhain, c’est un peu le nouvel an des sorcières. Nous allons nous retrouver dans les forêts de Brocéliande pour le célébrer. Typiquement, ce qui s’y passe restera secret. Garder une part de mystère quand on est une sorcière, c’est un peu une coutume !

Bettina Laouar

Bettina Laouar

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