Le Nemo
Visuel de l'exposition "Fils du Ciel et des Steppes, Gengis Khan et la naissance de l'Empire mongol"

L’exposition dédiée à l’Empire mongol reportée suite à des pressions chinoises

Après un premier ajournement lié à la Covid-19, ce sont les pressions des autorités chinoises qui sont à l’origine du second report de l’exposition intitulée « Fils du Ciel et des Steppes, Gengis Khan et la naissance de l’Empire mongol », qui devait se tenir au musée d’histoire de Nantes en partenariat avec le musée de Mongolie-Intérieure en Chine. Le 12 octobre dernier, le château des ducs de Bretagne de Nantes annonçait l’annulation de l’exposition dans sa version actuelle « par déontologie », un autre scénario est prévu pour 2024.

Appuyée par des historiens et des spécialistes, l’équipe du musée d’histoire de Nantes a préféré renoncer à cette version qui aurait été tronquée « au nom des valeurs humaines, scientifiques et déontologiques que nous défendons », indique Bertrand Guillet, le directeur du Château des ducs de Bretagne et du musée d’histoire de Nantes, plutôt que de voir son contenu expurgé par Pékin. Initialement prévue entre Octobre 2020 et Mai 2021, l’exposition consacrée à l’un des plus grands conquérants de l’Histoire a été reportée au premier semestre 2021 du fait du contexte sanitaire. Cette fois, le report de l’événement à l’automne 2024 est motivé par des raisons politiques.

Tentative de contrôle chinois

« Nous sommes contraints de reporter cette exposition en octobre 2024 en raison du durcissement, cet été, de la position du gouvernement chinois à l’encontre de la minorité mongole », a déclaré Bertrand Guillet. Il semblerait que l’Empire du milieu se soit immiscé dernièrement dans cette exposition historique en raison de sa prise de position contre la minorité mongole. Dans un premier temps, ce durcissement a poussé la Chine à vouloir faire disparaître certains éléments de vocabulaire (les mots « Gengis Khan », « Empire » et « mongol »). Dans un second temps, le pays a demandé un droit de regard voire un contrôle de l’ensemble des productions (textes, cartographies, catalogue, communication). Ainsi, le nouveau synopsis proposé par le bureau du patrimoine de Pékin s’applique telle une censure à l’égard du projet initial, au bénéfice d’un nouveau récit national. « Il comporte notamment des éléments de réécriture tendancieux visant à faire disparaître totalement l’histoire et la culture mongole au bénéfice d’un nouveau récit national », déplore le directeur du château. À la suite de ces tentatives répétées de révision des textes et du parcours historique et compte tenu des pressions exercées par le Parti communiste chinois (PCC), le musée a pris la décision de suspendre la collaboration ainsi que la production de l’exposition, qui est donc reportée en 2024.

D’autres exemples ? La région autonome Ouïgour du Xinjiang a subi la même politique logistique. Ce fut aussi le cas du Xizang (Tibet). Sur le terrain depuis les années 1980, Marie-Dominique Even, chercheur au CNRS, déplore une « assimilation qui a tout pris aux Mongols et qui folklorise les traditions mongoles pour les touristes chinois ».

Reflet d’un contexte politique tendu

Dénonçant publiquement ces tentatives de censure chinoise, Bertrand Guillet les qualifie de « lessivages historiques ». En effet, celles-ci font échos aux récents événements survenus en Mongolie-Intérieure à l’encontre de la communauté mongole. Dans cette région autonome du nord de la Chine limitrophe de la Mongolie, le gouvernement chinois exerce une répression de plus en plus dénoncée sur la scène internationale. Cet été pour annihiler la culture mongole, le gouvernement chinois a annoncé une réforme brutale des programmes scolaires d’ici 2022. Celle-ci réduit drastiquement la proportion d’enseignement en mongol, au profit du mandarin, pour l’apprentissage de l’histoire, de la politique et de la littérature. De manière globale, les mentions à l’histoire mongole tendent à être limitées dans ces programmes scolaires. En Mongolie-Intérieure, la minorité mongole représente 4,2 millions de personnes, soit environ 17 % de la population. Les enseignants subissent la violence quotidienne des autorités. En plus d’être préoccupés par la préservation de leur langue, ils s’inquiètent pour leurs emplois, car nombre d’entre eux ne sont pas qualifiés pour enseigner leur discipline en mandarin. Cette réforme est perçue comme une attaque aux droits de la minorité nationale mongole, dans le contexte d’une recrudescence du nationalisme Han, l’ethnie majoritaire en Chine. La tentative de censure de l’exposition de l’Empire Gengis Khan s’inscrit dans ce contexte politique tendu de contrôle de l’histoire des minorités nationales, ici le peuple mongol.

L’Empire mongol, un mauvais souvenir pour la Chine

Si cette exposition nantaise pose autant de soucis à la Chine, c’est que cette période historique constitue « un souvenir d’invasion, de destructions… et surtout de soumission », explique Christian Grataloup, spécialiste de l’Ancien Monde. A l’époque, la Chine, divisée, ne contrôle ni les steppes du nord, ni ses habitants. Peu à peu, une puissance militaire émerge, avec à sa tête, le futur Gengis Khan. Dans un retour au roman national impérial, la Chine écrit ou réécrit son histoire officielle avec une volonté de glorification contrôlée du pays. Ce souvenir est nié par la Chine qui cherche à contrôler l’histoire divulguée à l’extérieur.  

Qui était Gengis Khan ? Gengis Khan, empereur de 1206 jusqu’à sa mort en 1227, est une figure illustre pour les Mongols, qui le considèrent comme le père de la Nation. Prénommé le « chef de la steppe mongole », il entraîne avec lui les tribus nomades d’Asie de l’Est et Centrale dans une conquête guerrière. Il a ainsi contribué à l’expansion massive de son empire en Mongolie, Chine du Nord et Sogdiane (région septentrionale de l’Empire perse). Pendant près de 150 ans, ses descendants ont perpétué ses volontés d’expansion. L’exposition prévue à Nantes est une première en France.

Un projet à (re)construire

Après déjà plusieurs années de préparation, cette exposition en nécessite encore quelques-unes puisqu’elle est reportée à l’automne 2024. Si le musée rompt toute collaboration avec cette institution et assure ne pas consentir aux modifications demandées par la Chine, il assure néanmoins que des changements seront apportés. En effet, « le projet n’est pas pour autant terminé car nous nous engageons à reconstruire, en conservant le premier synopsis, une nouvelle exposition nourrie de collections européennes et américaines » ,déclare Bertrand Guillet, le directeur du Château des ducs de Bretagne et du musée d’histoire de Nantes. Toujours intitulée Fils du ciel et des steppes : Gengis Khan et la naissance de l’Empire mongol, l’exposition traitera non seulement de l’histoire du célèbre conquérant, mais également de la vie, des traditions, des croyances, de l’art et de l’architecture des Mongols.

Un projet pas totalement avorté

Si le projet est mis en stand-by le temps de sa réécriture, certains événements ponctuels programmés pour accompagner le lancement initial de l’exposition. ont été maintenus. Ainsi,une conférence virtuelle sur Gengis Khan a eu lieu le jeudi 5 novembre 2020. Elle est disponible sur le site de l’Université permanente de Nantes. Aussi, la séance de dédicace de la bande-dessinée “Gengis Khan et l’Empire mongol” de Marie Favereau et Laurent Seigneuret a été maintenu le 17 octobre 2020. Dans l’optique de faire vivre une partie de cette exposition, les chanteurs de Khusugtun donneront un concert de musique traditionnelle mongole le 23 mars 2021.

Lucie Marinier

Lucie Marinier

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