Le Nemo
© Crédit photo : illustration wavelandes

Agnès Artus : « le projet de surf park à Saint-Jean-de-Luz détruit son environnement »

Partout en France, suivant le modèle Américain, les “surf parks” fleurissent. Ces parcs aquatiques pouvant accueillir des vagues artificielles, coûteux en énergie, sont bien souvent des désastres écologiques. Artificialisation des sols, destruction d’écosystèmes, dépenses énergétiques… À l’ère de l’urgence climatique, la création de ces paradis artificiels semble une aberration. A Saint-Jean-de-Luz dans le Pays Basque, un projet de surf park est dans les tuyaux, à deux pas de l’océan. Un non-sens pour ses opposants. Le Nemo a rencontré Agnès Artus, co-responsable de l’antenne Côte-Basque de Surfrider Foundation Europe et chargée du projet contre la construction du surf park.

Le Nemo : À Saint-Jean-de-Luz, le projet d’installation d’un surf park ne passe pas. Pourquoi ?

Agnès Artus : Nous sommes dans une région tournée vers l’océan. La communauté de surfeurs n’en veut pas étant donné que nous avons des spots de surf de renommée mondiale sur nos côtes. Le Pays-Basque est peuplé par une communauté qui préserve sa culture et à la fois son environnement. Nous n’avons pas besoin de ce surf park qui va à l’encontre de nos valeurs et de ce que nous souhaitons pour ce territoire.

Tous les projets de Surf Park sont-ils un non sens écologique ? Ou est-ce la proximité avec l’océan qui rend absurde des projets comme celui à Saint-Jean-de-Luz ou à Saint-Père-en-Retz en Loire Atlantique, par exemple ?

Tous les projets de Surf Park sont évidemment une absurdité environnementale. Et ils le sont d’autant plus quand l’océan se trouve à peine à 1,5km comme pour celui de St-Jean-de-Luz. Quand on vit près de l’océan, on a envie de s’y plonger ou de se promener sur les plages, et non pas aller s’enfermer dans ces parcs d’attraction. Mais peu importe où des projets de ce genre voient le jour, ils détruisent des terrains naturels (et même parfois agricoles), une biodiversité, ils sont coûteux en énergie et en eau… À l’heure où nous cherchons à réduire notre consommation et notre coût environnemental, voir ces idées se concrétiser est complètement absurde. Rappelons-nous aussi que le Ministère de la transition écologique a pour objectif dans son Plan Biodiversité, « zéro artificialisation nette ».

Les emplois créés pour ces surf parks seraient certainement saisonniers et précaires, du fait d’un pic d’activité pendant la période estivale, même en considérant une ouverture annuelle.

Agnès Artus
Quelles seraient les conséquences écologiques si la création du surf park venait à se concrétiser ?

D’un point de vu écologique, il s’agit d’une catastrophe. L’artificialisation des sols empêche l’infiltration de l’eau dans le sol, nécessaire pour constituer une nappe phréatique. Sans cela, le risque d’inondation s’accentue. La biodiversité est également touchée, plus de 60% des animaux sauvages ont disparu depuis 40 ans à cause de la pression exercée par l’Homme sur les écosystèmes. La création d’un surf park nécessite une consommation d’eau importante, 81 millions de litres d’eau par an seront consommés, soit environ 15 piscines olympiques. Sans oublier une consommation d’énergie qui équivaut à 450kW par an, soit la consommation de 800 foyers. Un autre chiffre qui est frappant : 1h de surf dans ces surf park correspond à 1 journée pour un foyer…

Que penser des affirmations du maire de Saint-Jean-de-Luz lorsqu’il dit que le projet est « porté par des amoureux du surf et de la nature » et respecte son environnement local ?

Le projet de Surf Park ne respecte pas son environnement local puisqu’il le détruit. « Le surf c’est un lien avec la nature, avec les saisons. C’est une relation à l’espace temps que rien ne peut remplacer. Considérer que l’on va créer un Disneyland du surf en disant que c’est du surf, c’est un mensonge. » C’est Francis Distinguin, Directeur Technique National de surf de 1990 à 2007 et président de la Fédération européenne de surf de 2007 à 2009 qui le dit dans une interview donnée à l’association Synapse Crew Europe. À lire, la lettre de Léa Brassy sur le site www.stop-surf-park-saint-jean-de-luz.com (onglet “Tribune”, ndlr). Cette lettre a été signée par plus de 1000 personnes en seulement quelques jours.

Dans cette dynamique regrettable, des grands projets détournent la merveilleuse aura du surf. Ainsi, le projet de surf park de Saint-Jean-de-Luz mené par un fonds d’investissement soutenu par la mairie prévoit-il l’abattage d’une forêt multi-centenaire et le bétonnage d’une prairie et donc de l’habitat qu’elles représentent pour la biodiversité locale. Et ceci dans le but de construire une vague artificielle sur un bassin d’eau douce de 155 mètres de long, un hôtel de 100 chambres, des nombreux commerces, bars et restaurants sur plus de 7 hectares de terres naturelles. 


En plus de la destruction irréversible du patrimoine écologique, la consommation d’eau et d’électricité pour faire fonctionner ce complexe sera démesurée par rapport aux enjeux écologiques d’aujourd’hui. À l’heure où le changement climatique établit chaque jour une réalité nouvelle, un tel projet n’a plus de raison d’être. 

Extrait de la tribune de Léa Brassy sur le site Stop Surf Park
Que pensez-vous des arguments économiques avancés par la municipalité ? Comme la question de la création d’emplois et du développement de l’économie, par exemple.

Les emplois créés pour ces surf park seraient certainement saisonniers et précaires, du fait d’un pic d’activité pendant la période estivale, même en considérant une ouverture annuelle. Aujourd’hui, le Pays-Basque, comme ailleurs, a besoin d’emplois durables et compatibles avec la transition écologique. Selon une étude commandée par l’association Bizi!, il est possible de créer 10 000 emplois « verts » (dans les énergies renouvelables, commerces et circuits courts, agro-élevage…). De plus, l’entreprise Boardriders souhaitant créer le Surf Park de St-Jean-de-Luz appartient à un fonds d’investissement qui a fait trois plans sociaux ces dernières années.

La création d’un surf park nécessite une consommation d’eau importante, 81 millions de litres d’eau par an seront consommés, soit environ 15 piscines olympiques. Sans oublier une consommation d’énergie qui équivaut à 450kW par an, soit la consommation de 800 foyers. Un autre chiffre qui est frappant : 1h de surf dans ces surf park correspond à 1 journée pour un foyer…

Agnès Artus
Où en est le projet aujourd’hui ?

À ce jour, le projet de construction du Surf Park est prévu dans la zone d’activité Jalday, derrière les locaux de l’entreprise Boardriders. La Communauté d’agglomération Pays Basque a approuvé la modification du plan local d’urbanisme (PLU), rendant le terrain constructible. Sur les 7 hectares prévus, 4 appartiennent à la mairie et 3 au groupe Boardriders. À savoir qu’en Juillet 2020, les élus de la Région Nouvelle-Aquitaine se sont positionnés contre le financement de tous les projets de Surf Park…

Stéphane Germain

Stéphane Germain

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