Le Nemo
Lise-Marie Gauch, aka Lizzie Rider. Crédits photo : Insane Motion / Facebook

« 1, 2, 3, Duchesses ! » : rencontre avec Lizzie Rider, joueuse nantaise de Roller Derby

Le soir venu, dans le Nord-Est de Nantes, entre les rires et les voix qui s’élèvent, il est coutume d’entendre crisser les roulettes des joueuses du Nantes Roller Derby. Depuis dix ans, les Noir et Vert luttent, dans la cohésion et l’amusement, pour démocratiser ce sport de chocs. Lizzie Rider ou Lise-Marie Gauch de son vrai nom, évolue avec Les Duchesses, équipe élite féminine nantaise. Le temps d’un entretien, la numéro 8 nous plonge dans cette pratique peu connue du grand public.

Le Nemo : Paire de patins à roulettes, casques, genouillères, protège-dents, le tout mené par une valse de vitesse et de contacts : il n’y a pas à dire le Roller Derby interpelle.

Lizzie Rider : C’est une pratique récente et peu médiatisée. C’est vrai qu’elle a le mérite d’interpeller ! Il y a cet aspect féminin, déjà. Aussi, cela vient peut-être de ce côté « show à l’américaine ». Après tout, c’est de là-bas que vient ce sport. Et puis, toute cette artillerie et ces règles sont sensationnelles par nature. Je pense également que l’aspect « nouveauté » attire et questionne. Aux États-Unis, pays fondateur du Roller Derby, le sport connaît un essor depuis une vingtaine d’années. En France, depuis une petite dizaine. Ça reste récent.


Même si on n’était pas nombreuses, on aimait le fait de rouler, d’être ensemble, de découvrir un sport au fur et à mesure qu’il évoluait, lui aussi.


Lise-Marie Gauch, joueuse du Nantes Roller Derby
Cette pratique semble inédite. Vous devez certainement répondre à un certain nombre de règles. Comment les expliquer ?

Dans ce sport, il faut laisser tomber les préconçus. Il n’y a ni ballon ni palet. C’est juste nous, pendant deux grandes périodes de trente minutes. En général, ce « nous », équivaut à 14 personnes, mais pas simultanément. Les filles sont 5 sur la piste et alternent toutes les 2 minutes. C’est le temps que dure une phase de jeu, aussi appelée « jam ». Et chaque « jam » démarre sur un coup de sifflet. Expliqué comme ça, ce n’est peut-être pas évident (rires). Partons du principe qu’au sein de l’équipe, il y a : les jammeuses, celles qui marquent les points, et les bloqueuses, celles qui empêchent que ça ne se produise. On retrouve une jammeuse dans chaque équipe, différentiable par l’étoile dessinée sur son casque. Cette jammeuse doit dépasser le pack que constituent les bloqueuses de chaque équipe. Au bout du deuxième tour de piste, pour chaque bloqueuse de la team adverse dépassée, les jammeuses commencent à marquer des points. La « lead jammeuse », celle qui aura pris l’avantage, pourra décider de stopper le jeu avant la fin des deux minutes, si elle estime avoir marqué assez de points. Toutes ces règles répondent à la WFTDA (Women Flat Track Derby Association), qui est l’association américaine de Roller Derby, à laquelle nous sommes affiliées. D’ailleurs, ce n’est pas commun dans le monde sportif, mais en Roller Derby, les règles ont tendance à évoluer. Pour simplifier la discipline et la rendre plus visible.

Illustration des règles du Roller Derby, sur piste. Crédits illustration : Elly
Si on pouvait retrouver Lizzie Rider sur la piste, ce serait plutôt avec une étoile sur le casque, ou en meute avec les autres bloqueuses ?

J’ai commencé le Roller Derby en n’ayant jamais patiné. Je n’ai pas connu de difficultés particulières pour rouler. Au départ, c’était donc moins difficile pour moi de jammer. Je pouvais foncer dans le tas et rester quand même debout. Mais justement, les règles bougent. Si avant, les bloqueuses restaient à 4 alignées sur le terrain, on a vu sur les matchs américains que certaines pouvaient se former en triangle. Avec les stratégies et les techniques qui se perfectionnent, il est presque devenu impossible de jammer. C’est l’enfer. Quand t’es dans le groupe des bloqueuses adverses et que, peu importe les feintes et les mouvements que tu essaies de faire, tu n’arrives pas à sortir… C’est compliqué. Il ne faut pas oublier que le but est aussi de nous faire tomber. Ça devient vite une machine à laver ! J’ai appris à perfectionner mon blocage et disons que là, maintenant, je préfère le jeu de bloqueuse.

Equipe Nantes Roller Derby, Lizzie Rider à droite – crédits photo : Blstrt / Facebook
Tu dis ne jamais avoir patiné avant de rentrer dans ce club nantais et pourtant, 10 ans après, tu évolues dans l’équipe élite du Derby : Les Duchesses… Comment commence ce genre d’histoire ?

Eh bien, de manière assez simple ! J’allais en soirée, voir des concerts au Ferrailleur. En marchant avec des amies, on est tombées sur l’ancienne présidente de l’association qui distribuait des flyers. Elle cherchait à recruter des personnes pour faire du Roller Derby. L’association n’en était qu’à ses débuts, elle aussi. J’ai attrapé un flyer. Avec les copines, on s’est dits « pourquoi pas ». C’était cool. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas fait de sport, on voulait s’y remettre. On a accroché directement. Même si on n’était pas nombreuses, on aimait le fait de rouler, d’être ensemble, de découvrir un sport au fur et à mesure qu’il évoluait, lui aussi. On avait l’impression de créer quelque chose. Bon, c’est quand même assez ingrat au début. Tu dois patiner et pousser, ou pousser et patiner. Tu tombes, aussi. Mais l’investissement paie toujours. On a aussi eu de l’aide extérieure, pour apprendre des techniques de patinages, et de Roller Derby. Ensuite, on s’est mises à se débrouiller et à apprendre sur le tas.

Et on y reste de manière évidente

Il y avait tout ce côté collectif qui me plaisait dans le Roller Derby, et la glisse. Je me suis mise à aimer le contact et l’adrénaline. Aussi, quand tu commences à mettre en place des stratégies de jeux avec ton équipe : tu gagnes, tu perds, tu as tout le côté émotionnel du sport collectif qui arrive. Puis, les amitiés que tu crées. C’est assez fort quand même. Je ne souhaitais pas lâcher tout ça.


Beaucoup de personnes et de joueuses, notamment, y voient « un sport féminin, créé par des femmes, pour les femmes » et réfutent que des hommes puissent intégrer cette activité.

Lise-Marie Gauch, joueuse du Nantes Roller Derby
Au-delà du collectif, est-ce que le Roller Derby est porteur d’autres valeurs ?

Bien sûr ! Déjà, il y a cette place du féminisme, bien ancrée dans la pratique. La WFTDA est exclusivement féminine, par exemple. Plus largement, on lutte pour les droits de la femme, mais aussi des genres LGBT. Ce sont des causes très importantes, pour toutes les personnes qui se joignent au Roller Derby. C’est vraiment ce qui est mis en avant dans ces associations. Il y a une véritable libération de la parole, et on revendique énormément de choses à travers le sport. Après, beaucoup de personnes et de joueuses, notamment, y voient « un sport féminin, créé par des femmes, pour les femmes » et réfutent que des hommes puissent intégrer cette activité. Ce qui provoque parfois des confrontations salées avec les équipes de Roller Derby masculines. Je trouve ça dommage. C’est peut-être la sportive en moi qui parle. Des fois, l’aspect militant ressort plus dans ce sport, que le côté sportif, paradoxalement. C’est actuellement ce qu’il y a de plus dur à gérer.

Plus difficile à gérer que des retrouvailles par temps de Covid ?

(Rires). C’est vrai que ce n’est pas évident pour nous à ce niveau. L’année dernière, le championnat de France a été stoppé. On a fait face à « une année blanche ». Au mieux, on terminait seconde du classement, et au pire, quatrième. Finalement, tout a été annulé. Des complications et des interdictions pour s’entraîner ont aussi vu le jour. Ma pratique de coach sportif, en dehors du Roller Derby, me permet de maintenir les entraînements, à distance, d’échauffements. Mais évidemment, dans un sport de contact, ce qu’il faut, au-delà d’une bonne stratégie : c’est du contact…

Et une bonne paire de patins ?

Justement (rires), je venais de recevoir ma nouvelle paire de patins, customisée aux couleurs de l’équipe. Il y a du noir dessus, du vert, et du brillant. Je suis assez fière, je l’avoue. (Sourire). J’espère surtout pouvoir les utiliser prochainement. Mes derniers patins remontent à mes débuts, ceux-ci devaient être inaugurés.

Ces anciennes roulettes ont dû en vivre des moments intenses !

Quand on fait des matchs, on loue des mini vans. Parfois, on traverse la France. Ce n’est pas toujours évident à organiser, mais on s’éclate ! C’est hyper marrant. On est en équipe, en mode roadtrip, on rigole, on fait la route la nuit, on loue des Airbnb, parfois avec des billards dedans… Ça crée de chouettes souvenirs, il n’y a pas à dire ! Mais le plus intense, qui me vienne en mémoire, reste ce match à Nantes, il y a deux ou trois ans. On l’a gagné à un ou deux points d’écart. Ce qui n’est absolument rien dans notre discipline. Souvent, l’équipe sur le banc se lève et encourage la team qui joue. Là, notre jammeuse faisait un jam de folie. Elle ne s’arrêtait plus. À la fin, on a vu qu’on avait gagné. On avait remonté, sans trop s’en rendre compte ! On a toutes hurlé en même temps ! Ce moment était vraiment particulier, on avait passé un mois compliqué. On avait été sous tension, du début à la fin. Ces instants-là sont vraiment forts et mémorables.

Equipe Nantes Roller Derby – crédits photo : Blstrt / Facebook
Dans ce milieu, tu es surtout connue sous le nom de Lizzie Rider. Bon nombre de tes coéquipières s’affublent aussi de surnoms, plus folkloriques les uns que les autres. Comment l’expliques-tu ?

Ça a toujours été comme ça dans le Roller Derby ! (Rires). Les joueuses prennent des surnoms : choisis ou donnés par des ami.e.s, en général. Au début, ça faisait partie du folklore de la discipline. Le côté « on ne se prend pas au sérieux », même si la pratique l’est. C’est assez drôle. Ça arrive aussi que certaines mettent leurs vrais noms sur leur maillot. Mais il y a des perles ! J’ai vu des idées super cools : notamment, Ta Mère, avec son numéro associé 3615 (rires). Lizzie Rider, il me vient de potes de potes. Quand j’ai commencé le Roller Derby, j’ai eu cette pression de trouver le nom qu’il fallait, je me disais : « Ça y est, on y est, il faut que je me trouve un nom maintenant ! ». Puis, ces potes sont partis dans ce délire de biker, autour du film Easy Rider. Il y avait ce rapport à la vitesse, aux années 60. Alors, j’ai signé.

Lise-Marie Gauch, aka Lizzie Rider. Crédits photo : Insane Motion / Facebook
Signer pour un surnom, c’est parfois aussi signer pour toute une ambiance, des routines et des sensations. Quels changements s’opèrent chez Lizzie Rider à l’approche d’un match ?

Habituellement avec l’équipe, la première chose qu’on fait : c’est vérifier les vestiaires. Très vite, on se retrouve sur la piste pour l’entraînement. Pendant l’échauffement, je regarde un peu comment ça joue à côté. Je me mets aussi à tester le sol, voir s’il est glissant, collant. Je pourrais changer mes roues en fonction, mais je le fais très très rarement, voire jamais. Question de flemme, très honnêtement. Ce n’est pas pratique (rires). Je joue avec mon jeu de roues. On avance dans le temps et la buvette n’est jamais bien loin : l’odeur de crêpes nous accompagne. C’est très dur (rires). Il y a parfois beaucoup de bruits de la part du public, de la musique ambiante, ou des patins sur la piste. Ça crisse. Mais rapidement, quand le match est sur le point de commencer, on se met dans l’ambiance. Dans notre équipe, nous n’avons pas d’hymne particulier. Chaque match débute par notre cri de guerre : 1, 2, 3, Duchesses ! Sur la piste, j’ai le cœur qui bat à fond. Puis le premier coup de sifflet retentit. Quand mon premier jam est lancé, ça y est. Je suis déjà partie.

Marie Le Seac'h

Marie Le Seac'h

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