Le Nemo
Liza et Delphine, élèves au Pole Artistique de Nantes, s'unissent pour une chorégraphie.

La pole dance, la discipline qui élève les corps

À Nantes, non loin de la porte de Sainte-Luce, le Pole Artistique ouvre ses portes pour des cours de pole dance où danseuses et danseurs enchaînent avec élégance, des figures acrobatiques déconcertantes. Si depuis plusieurs années, il existe de nombreux stéréotypes sur la pole dance, la discipline s’affirme aujourd’hui comme un sport artistique accessible à toutes et tous. 

Arrivées sur le parking et vêtues de leurs habits quotidiens, Liza et Delphine, deux élèves du Pole Artistique rejoignent le studio pour un cours de pole dance animé par Marjorie Duprat, directrice artistique et professeure du studio. Passées la porte, elles se déchaussent pour préserver le parquet du studio. Amie des deux jeunes femmes, Marjorie les accueille, souriante, comme toujours. Les élèves sont déjà tous présents. Alors que certain.e.s discutent sur les tapis colorés ou se dévêtissent, d’autres se changent dans les vestiaires. « Allez on y va ! », ce sont les mots de Marjorie pour débuter le cours. Assis.e.s au sol, les pieds joints, « on prend une grande inspiration pour ouvrir la cage thoracique », continue-t-elle. Les danseuses et danseurs sont installés sur leurs tapis, tous vêtus de leurs plus beaux vêtements de sport. Jogging, débardeur ou short et brassière, peu importe. L’importance est de sentir son esprit s’évader.

« On expire en suspendant les bras au-dessus des genoux. On ferme les yeux et on relâche le poids de la tête. On fait le pont entre ce qu’il s’est passé dans la journée et l’entrée dans le cours »

Marjorie Duprat, directrice artistique et professeure du Pole Artistique de Nantes.

Marjorie propose une séance de relaxation pour connecter son esprit et son corps. Suivi d’un échauffement où chaque muscle se réchauffe. Les pliures du corps s’animent pendant quarante-cinq minutes au gré des musiques douces et des respirations lentes. Une fois les tapis déposés, Marjorie montre la chorégraphie à reproduire et explique chaque mouvement. Les danseuses et danseurs se mettent à deux sur une pole pour s’entraîner, s’aider, se conseiller et se soutenir. Quant à la professeure, elle “passe, conseille, corrige, supporte. Il y a une réelle confiance », confie Liza.

Éssouflé.e.s, en sueur, le cœur battant la chamade, il est temps de passer aux étirements. Les lumières sont éteintes. Les élèves s’étirent, ressentent les douleurs et sentent leurs muscles bruler. Les yeux fermés, dans une atmosphère douce et chaude, les poleurs et poleuses se relaxent à nouveau. « Merci à vous pour ce cours et à demain » assure la voix relaxante de Marjorie. La séance de pole dance touche maintenant à sa fin, les élèves s’applaudissent. Il est temps de rentrer chez soi, l’esprit libéré et le corps enflammé.

Un envahissement de miracles

La pole dance ce n’est pas seulement dansé contre une barre. C’est plus que ça. Il y a un envahissement d’émotions, de sentiments, « on se cale sur un rythme et on ressent tout ce qui nous traverse », explique Liza, passionnée par la pole dance. Discipline sportive à part entière, toujours un peu méprisée, il faut allier la force et l’élégance. « C’est un vrai trésor, comme une malle que tu découvres. Tu l’ouvres, c’est remplie de belles choses», continue-t-elle. Sentiment partagé pour Marjorie qui estime que la pole dance est « un envahissement de joie et de miracles de voir les personnes s’épanouir sur les poles ». Pour pratiquer la pole dance, il faut associer son mental et se dépasser quotidiennement.

Souvent, à la fin d’une séance, les élèves ont le coeur qui bat vite. Les nerfs lâchent et les sourires apparaissent sur leurs visages. Les douleurs se font sentir, mais ce n’est pas des courbatures. Ce sont des douleurs de réussite. Si celle-ci est bien présente et dans tous les muscles, le mental leur permet d’effectuer les figures acrobatiques les plus compliquées comme si le cérébral et le corps s’élevaient et se surpassaient. Le grand écart, posture difficile qui demande beaucoup d’entrainement nécessite un travail de souplesse. Liza et Delphine confient pourtant qu’elles ne sont pas très souples, mais qu’elles y travaillent chaque jour pour réussir. « Ça fait presque un an que je travaille mon écart » confie Liza. Il faut se dépasser et harmoniser l’élégance et le mental avec la force. Avec de la pratique, les muscles se renforcent, comme toute autre pratique sportive. Et bien plus encore, les danseurs et danseuses gagnent en confiance. « On est plongé dans un bien-être par cette connexion entre le mental et le physique », assure Delphine. La pole dance ne demande pas un niveau particulier en sport. « Le plus important ce n’est pas tant le physique ni la morphologie, c’est la force mentale » confie Delphine. Le corps est toujours mis à l’épreuve. Il est facile de le travailler par le renforcement musculaire et la souplesse, mais le mental assure une réelle connexion entre le corps et l’esprit.

Les danseurs et les danseuses s’animent aux douces mélodies ou aux musiques plus dynamiques. Mains agrippées à la pole, les jambes se lancent et les corps s’élancent pour enchaîner les acrobaties. Sentiment de liberté ou de légèreté, les deux amies, Delphine et Liza, savent qu’elles ne seront pas jugés. « On a besoin de soutien, on a besoin de quelqu’un pour nous guider » affirme Delphine, qui confie qu’elle ne pourrait pas réussir sans le soutien de Marjorie et des élèves. Il y a une réelle cohésion collective laissant échapper les problèmes derrière la porte du studio. « Je sais que lorsque je ne vais pas bien, j’irai mieux à la sortie », confie Delphine. Echappatoire ou refuge,  « la pole dance ne se définit pas. C’est une sensation. L’esprit se projette et le corps s’envole. C’est une vraie thérapie. », confie Marjorie, professeure au studio.

Delphine (en haut) et Liza (en bas) réalisent des acrobaties élégantes et déconcertantes au Pole Artistique de Nantes.

Des tenues justifiées 

La discipline est bel et bien un sport à part entière malgré quelques connotations négatives. Parfois méprisée et sexualisée auprès de certains, la discipline « ne doit pas être un stéréotype, c’est un vrai sport. On est essoufflé à la fin parce qu’on a tout donné », assure Delphine. Si certaines personnes peuvent être fermées à ce sujet, les danseuses et danseurs confirment qu’il faut se détacher de la vision sexualisée qu’on peut avoir de la pole dance. Ce n’est pas seulement danser en petite tenue avec une barre et faire des acrobaties autour. Il y a une vraie « mise en nue parce que physiquement, tu as besoin de ta peau pour t’agripper à la pole », explique Marjorie. Si de nombreux préjugés sont énoncés quant aux tenues, le contact de la peau sur la barre est nécéssaire. « Nos petites tenues sont justifiées : on a besoin de notre peau pour adhérer à la barre », explique Liza. Plus la peau est découverte, plus il est facile d’adhérer à la pole. Les risques de glisser ou de tomber sont minimes si la peau touche les barres. « On a besoin de notre peau pour notre sécurité », confie Liza. Pour répondre aux préjugés émis sur cette pratique sportive et artistique, il faut dépasser ses propres jugements. « Venez tester la pole dance et on en reparle » s’amuse Delphine en invitant les plus réticents à pratiquer cette discipline artistique et sportive.

Nolwenn Le Bozec

Nolwenn Le Bozec

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