Le Nemo
© Loïck Kalioudjoglou - Enerlog

Un projet « low-tech » local : le chauffage solaire aérothermique

Enerlog. C’est le nom du projet sous forme de coopérative que Loïck Kalioudjoglou, ingénieur-docteur en thermique et énergie, a lancé en début d’année. Son but est d’accompagner les transitions énergétiques vers des modes de vie plus soutenables avec pour idée principale de conduire les usagers vers des solutions plus autonomes. Et pour débuter son projet, l’ingénieur a conceptualisé un panneau « low-tech » : le chauffage solaire aérothermique. Entretien avec son concepteur.

Le Nemo : Quel est votre positionnement vis-à-vis de l’écologie et de la défense de l’environnement ?

Loïck Kalioudjoglou : Ça doit bien faire six ou sept ans que le sujet m’intéresse. Que j’ai commencé à me poser des questions sur l’impact de nos modes de vie sur l’environnement et sur la crise écologique. Avant ça, je ne m’en souciais pas du tout, mais un jour, j’ai eu un choc… Je suis vraiment passé par une phase de colère après m’être rendu compte de l’ampleur de cette crise. Phase de colère qui s’est transformée en phase de questionnements sur comment, moi, je pouvais avoir un impact à mon échelle. Donc j’ai commencé à m’investir dans des associations locales à Nantes sur le sujet. Je me suis rendu compte que je devais prendre plus de temps et complètement reconsidérer mon métier. Mon but, c’était vraiment d’y donner du sens, pour trouver une vraie cohérence, un équilibre plus global. Parce que, selon moi, c’est dans le travail que l’on s’investit le plus. Après ma thèse de doctorat, je suis allé pendant huit mois à la découverte de huit éco lieux en France. Ces éco lieux sont des endroits alternatifs où l’on essaye de reconsidérer la question de l’écologie au quotidien. Je me suis beaucoup inspiré de ce qu’il s’y faisait. Quand je suis revenu, j’ai eu envie de faire un projet qui liait à la fois ce mode de vie et cette vision avec mon métier d’ingénieur. C’est pour ça, d’ailleurs, que j’ai commencé à travailler sur de la technique, sur des solutions de chauffage écologique et qui reste dans un esprit « low-tech ». 


« La « low-tech », ça n’est pas que du bricolage. Ça peut être très sérieux. »

Loïck Kalioudjoglou
Justement, selon vous, quelle est la définition de la « low-tech » ?

Déjà, la « low-tech », c’est un terme qui est de plus en plus utilisé et auquel on a du mal à trouver une vraie signification. Moi, je la désignerais par quatre piliers différents.  Premièrement, il y a l’aspect utile. J’aurais tendance à dire que c’est une technologie qui répond d’abord à un besoin de base quotidien, avec une approche de sobriété. 
Après, c’est tout ce qui va être durable. C’est donc prendre en compte l’impact du produit et de son usage sur le long terme. Ensuite, la « low-tech », c’est aussi l’accessibilité. D’abord, au niveau des matériaux, de l’approvisionnement en essayant de faire du local au maximum pour pouvoir être plus résilients. Mais à la fois, une accessibilité du savoir technique. Aller dans des conceptions pas trop techniques pour pouvoir rester accessible à tout un chacun. 
Et enfin, quelque chose que l’on cite un peu moins, ça serait l’aspect social. Conserver une forme de plaisir à travailler, pouvoir créer des relations sociales, être dans la diversité, rencontrer des gens dans la convivialité. Mais surtout, la « low-tech », ça n’est pas que du bricolage. Ça peut être très sérieux. Ça peut être un vrai moyen de mettre énormément de savoirs techniques, de compétences et d’ingénierie dans une « low-tech » qui saura faire sens.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer le fonctionnement du panneau que vous avez élaboré ?

Oui ! C’est un panneau que l’on va mettre à l’extérieur sur un mur, de manière verticale. Il va capter l’énergie du Soleil et venir le restituer à l’habitat. Pour que cela se passe, on perce le mur à deux endroits, en bas et en haut du panneau pour venir prélever de l’air dans l’habitat. Il est composé en deux parties principales. On va avoir une première lame d’air statique, prisonnière entre une vitre et des ardoises. Ça va avoir pour conséquence de provoquer un effet de serre qui permet de faire monter à une température assez élevée ces ardoises, car il s’agit d’un corps noir naturel. Et derrière les ardoises, il y a une deuxième lame d’air plus dynamique, qui circule entre l’habitat et le panneau. Elle va naviguer entre l’ardoise et un panneau de bois, se déplaçant progressivement et se réchauffant. Cet air va ensuite être réinjecté dans l’habitat par le trou en hauteur, à des températures bien plus élevées que celle à laquelle il est rentré.

Qu’est-ce qui fait de ce panneau un produit « low-tech » ?

C’est un produit qui consomme très peu, voire pas de ressources fossiles à l’usage. Ici, on n’utilise pas de fuel ou de gaz pour se chauffer. Mais il va quand même permettre un bel apport d’énergie. Ça, c’est vraiment l’aspect durabilité. Pour l’accessibilité, on essaye de faire une conception à partir de matériaux naturels ou qui peuvent être recyclés, revalorisés ou trouvés facilement. Le châssis est fait en bois et les ardoises utilisées sont un des matériaux les plus faciles à trouver, en tout cas, en Loire-Atlantique. Enfin, il peut être construit par tout bon bricoleur. Il y a donc à la fois les matériaux, mais aussi une conception qui est assez simple. On a mis des plans et des tutoriels en ligne pour que les auto-constructeurs, les bricoleurs puissent se réapproprier ce panneau et qu’ils essayent de le construire chez eux avec le plus d’aide possible de notre part.

Vous organisez aussi des stages pour que des gens intéressés par le projet viennent découvrir cet objet et puissent mieux comprendre le chauffage aérothermique.

Ce sont des stages que l’on propose sur cinq jours. C’est d’ailleurs, pour le moment, la principale activité que l’on développe, étant donné que la production des panneaux n’a pas encore été lancée. Et pendant ces cinq jours, on essaye de faire de la théorie et de comprendre comment ça fonctionne. On parle de physique, de conception, de matériaux. Juste après, on passe en atelier où l’on construit le panneau avec des outils électroportatifs avant d’enchaîner avec de l’électronique. L’électronique permet d’aborder la question de “comment on arrive à réguler un chauffage solaire ?”. L’objectif de ce stage, c’est qu’un, deux ou trois chauffages solaires qui fonctionnent correctement soient produits. 

« On pense qu’en essayant de casser ces dépendances aux brevets et de laisser du savoir libre, on permet de favoriser ces technologies-là. »

Loïck Kalioudjoglou
Quel est l’intérêt pour une personne de venir faire un stage ?

L’intérêt est double. Le premier, c’est de pouvoir apprendre une solution qui peut servir concrètement à un de ses besoins. Le stagiaire va ressortir avec quelque chose qu’il va pouvoir reproduire à nouveau, et à moindre coûts. L’autre, c’est la possibilité de retourner sur du pratique, dans un monde où l’on a plus trop l’habitude de faire par soi-même. Il va pouvoir réapprendre à travailler la matière, monter en compétence, partager avec les uns et les autres. Et surtout passer un bon moment. Pour l’instant, on a organisé un stage en septembre et deux autres devaient se dérouler à la fin de 2020. Ce qui fait que pour le moment, on n’a eu que sept stagiaires. Mais si on totalise les trois stages, on a vingt-quatre participants inscrits et engagés à venir. Donc ça confirme qu’il y a une attente et une envie de s’intéresser à ces sujets.

Sur le site internet d’Enerlog, vous offrez la possibilité aux visiteurs de télécharger les plans et le tutoriel de construction du panneau de chauffage aérothermique. 

C’est de la connaissance qu’on est libre de prendre. Nous pensons qu’en essayant de casser ces dépendances aux brevets et de laisser du savoir libre, nous permettons de favoriser ces technologies-là. Les personnes qui viennent aux stages, elles, ont un besoin de se faire accompagner, d’être rassurées. C’est un plus qui est vraiment important, au-delà des plans et du tutoriel. Et aussi, le modèle économique de nos stages ne dépend pas de cette gratuité. Peut-être que dans un autre cas, pour un autre projet, même « low-tech », ça ne serait pas intéressant de mettre les plans en savoir libre, car ça menacerait notre activité. Sur ce point-là, je ne veux pas être dogmatique parce que chaque cas est différent. Si nous pouvons le faire, nous le ferons, et c’est tout.

C’est en tout cas un gros projet que vous avez en cours. Depuis combien de temps vous travaillez dessus ?

C’est assez récent. J’ai commencé à plancher sur ce projet dès le début de cette année. J’ai commencé, en mars, un parcours d’accompagnement de l’université : le parcours Pépite. Il permet d’assister des personnes qui veulent se lancer dans une démarche d’entrepreneuriat. Peu à peu, je me suis entouré. Aujourd’hui, il y a Vincent Lamblot, ingénieur, qui est investi sur le projet depuis juillet. Nicolas et Jonathan, deux autres associés qui travaillent régulièrement sur le projet, plus particulièrement lors des stages. Ils s’occupent plutôt du côté technique. On a commencé à capitaliser pour les stages, dès qu’on a eu un premier démonstrateur qui fonctionnait. Stage qu’on a préparé durant les mois de juillet et août pour septembre. Aujourd’hui, les statuts de Enerlog ne sont pas encore déposés. Donc, pour le moment, ce n’est pas encore une entreprise. Tout ce qu’on a pu faire par rapport aux stages, c’est à l’aide d’une association qui s’appelle APALA (Aux Petits Acteurs L’Avenir !), qui nous aide à porter le projet. Un des enjeux de cet hiver, c’est justement d’essayer de monter la coopérative. Aller à la recherche de personnes qui seraient intéressées par les valeurs et le projet. On a aussi envie d’inclure les usagers, c’est-à-dire les personnes qui se sentent concernées par les « low-tech » au sein même de leurs entreprises. Ils prendraient part en devenant sociétaires, en prenant des parts au capital de l’entreprise et en ayant un rôle et un avis qui compte dans la gouvernance.

Quels sont les projets à venir de la « future entreprise » ?

Dans un premier temps, c’est vraiment de faire des stages. À Nantes et dans différents endroits en France. Ça, c’est vraiment dans la continuité de consolider cette idée et même pouvoir rémunérer une personne qui serait sur cette section. Ce qui est finalement, un vrai défi. Ensuite, faire de la recherche et du développement (R&D) et approfondir le projet pour tenter de vulgariser le fonctionnement afin d’expliquer vraiment comment marche le chauffage solaire au grand public. Le rendre encore plus accessible. Enfin, il y a l’idée d’aller vers d’autres sujets. On travaille avec des membres d’APALA sur des projets de poêles de masse et de chauffage. Expliquer comment on apporte de l’inertie thermique à un habitat. Ou encore comment faire un diagnostic global et intégrer une approche « low-tech » dans une démarche de rénovation de l’habitat. Tout ça, ce sont des sujets qu’on adorerait aborder pour pouvoir nous diversifier. Mais l’avenir se pensera quand on aura vraiment consolidé les activités et quand on pourra rémunérer les personnes qui sont sur le projet.

Colin Gazeau

Colin Gazeau

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