Le Nemo
Branche prototype de l'Arbre Aux Hérons. ©Jean-Pierre Dalbéra

Pour ou Contre : L’Arbre aux Hérons ?

Après le succès retentissant du Grand Éléphant et du Carrousel des Mondes Marins, l’Arbre aux Hérons est le prochain projet imaginé par Pierre Oréfice et François Delarozière, concepteurs des Machines de l’île. Encore dans sa phase d’étude préalable, l’arbre mécanique divise les Nantais. Dans ce Pour ou Contre, le Nemo vous aide à y voir plus clair.

L’Arbre aux Hérons, c’est une immense structure mécanique végétalisée de 35 mètres de hauteur et de 50 mètres d’envergure. Le tout surplombé de deux hérons géants qui auront la capacité d’embarquer plus d’une douzaine de passagers, le temps d’un lent vol circulaire. Il sera aussi possible de circuler parmi ses 22 branches, d’une longueur de plus d’un kilomètre. Cette entière structure métallique composée de nombreuses passerelles, jardins suspendus et terrasses, pourra accueillir jusqu’à 400 visiteurs en simultané.

Imaginé par les fondateurs des Machines de l’île – Pierre Oréfice et François Delarozière -, l’étude du projet est officiellement lancée en 2017 par Johanna Rolland, présidente de Nantes Métropole. Les financements de l’Arbre aux Hérons sont divers. Un tiers provient de Nantes Métropole, le reste de partenaires publics et du secteur privé réunis autour d’un fond de dotation. Le budget initial, estimé en 2013 à 35 millions d’euros, pourrait voir son enveloppe s’alourdir de plusieurs millions supplémentaires. De sa phase d’étude à son ouverture au public, sa réalisation doit durer 5 ans, et se terminer au printemps 2022. Suite à de nombreux aléas, dont la crise sanitaire actuelle, la phase d’étude n’est aujourd’hui pas encore terminée. La construction de l’attraction n’a donc pas encore démarré.

Si ce monumental projet provoque de nombreux désaccords, c’est pour de multiples raisons. Implanté dans la carrière de Chantenay situé au bord de Loire, ce sont 2 hectares qui ont dû être rasés pour laisser place au futur arbre de fer. Sans compter les divers aménagements du lieu où de nombreux logements, bureaux et commerces vont faire leur apparition au fil des années. Tout ceci entrainant une inévitable gentrification ou « touristification », comme le nomment ses détracteurs, du Bas-Chantenay, en plein cœur d’une crise sanitaire, économique et écologique…

Pour : L’Arbre aux Hérons a une vocation culturelle, touristique, artistique et économique

L’arbre en charge de la revitalisation d’un territoire. Implanté au Bas-Chantenay, sur la carrière Miséry, il constitue une réelle opportunité d’animation et d’attractivité d’une ancienne friche désaffectée.  « C’est un projet de revitalisation d’un quartier, avec un incroyable jardin et une cascade qui tombe depuis 30 mètres de haut. Ça permet d’avoir des animations en dehors du centre-ville de Nantes. » explique Domitille Jubert, responsable du service tourisme de Nantes Métropole.

Une « ode à la nature » accessible à tous. Tout comme pour le Grand Éléphant, il sera possible de profiter de La Cité dans le ciel (projet regroupant le Jardin Extraordinaire et l’Arbre aux Hérons) sans avoir à dépenser un seul centime. Depuis le Jardin Extraordinaire, entièrement gratuit, les visiteurs pourront observer le spectacle que la gigantesque œuvre d’art végétale leur offre. La tête vers le ciel, l’espace public n’a jamais été aussi surprenant. Pour celles et ceux qui souhaitent compléter l’expérience, l’accès à l’arbre et le vol en hérons seront, quant à eux, payants.

Un rayonnement de Nantes à l’échelle internationale. Entre la Galerie des Nefs, l’Éléphant, et le Carrousel, ce sont plus de 700.000 billets vendus en 2019, dont 38% de touristes étrangers. L’un des objectifs du futur Arbre aux Hérons, est de faire prolonger la visite Nantaise avec une nuit supplémentaire à l’hôtel. De quoi booster le secteur hôtelier à Nantes. Attirer les touristes, oui, mais séduire les habitants avant tout : « L’arbre a une vocation de partage et de cohésion entre les habitants de la Métropole et les touristes, sans distinction des deux publics » précise la responsable du service Tourisme.

Une relance essentielle après la crise sanitaire. L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie de Loire-Atlantique a même lancé un appel au secours. Secteur extrêmement affecté par la crise sanitaire et économique de la Covid-19, l’hôtellerie attend un véritable levier pour relancer son économie. Levier qui pourrait être l’Arbre aux Hérons. Ce projet d’ampleur, en plus de créer de nombreux emplois, pourrait donner un nouvel espoir à la culture et au tourisme local.

La Cité dans le ciel : un rêve d’enfant. Ce projet fou, c’est aussi la concrétisation d’un rêve d’enfant. Le plus grand arbre urbain jamais conçu prendra racine dans un Jardin Extraordinaire au cœur de la ville. Depuis le sommet de cet arbre, les visiteurs profiteront du plus beau point de vue sur Nantes et les rives de Loire. Pour les petits et les grands, le vol sur un dos de héron sera une expérience exceptionnelle à vivre, à 40 mètres de hauteur. Gardiens de la biodiversité dans la ville, l’arbre et le Jardin Extraordinaire seront des espaces de convivialité qui renforcent le dynamisme culturel de la ville.

Contre : « Le projet est dépassé avant même d’être construit »

Et l’urgence climatique dans tout ça ? La carrière Misery était un lieu sauvage, avec une biodiversité urbaine intéressante et rare. Elle fut détruite sur plusieurs hectares pour construire le Jardin Extraordinaire et l’escalier menant à l’arbre. « Des lieux comme ça, en ville, c’est pourtant rare et il faudrait les maintenir. Si on veut avoir des oiseaux et des abeilles en ville, il faut garder un peu de nature. » explique Yves Hubert, membre de la commission des Grands Projets Inutiles Imposés (GPII) de l’association Notre-Dame-des-Landes Poursuivre Ensemble. Sans oublier l’actuelle crise climatique : attirer de nombreux touristes étrangers vers la Métropole reste sujet à débat.

La carrière Miséry encore en friche. ©La Commune de Chantenay.

Les conséquences de la gentrification d’un quartier. Ce grand projet s’inscrit dans une volonté de décentralisation des entreprises et des habitants, avec la construction de nombreux logements et bureaux dans l’ouest de la ville. Luce Chevillon, membre de la Commune de Chantenay, un collectif d’habitants contre le projet de l’Arbre aux Hérons, témoigne : « Le Bas Chantenay reste un quartier où des gens à faibles revenus peuvent encore se loger. Ce qui ne va pas être le cas bien longtemps. On observe déjà la transformation des commerces, avec notamment des épiceries en vrac. C’est très bien, mais ça n’est pas accessible pour tout le monde… »

Les enjeux d’une « course folle » entre les villes. En construisant l’arbre aux Hérons, Nantes s’inscrit dans cette insatiable compétition entre les villes. Le but : être la plus innovante et la plus attractive, au détriment des plus petites villes, aspirées dans l’infernal tourbillon des Métropoles. « Pour Nantes, il serait temps de dire stop. Il y a suffisamment de touristes chaque année. A côté de ça, il y a des plus petites villes ou villages qui se dépeuplent, parce qu’ils n’ont pas les mêmes moyens. Nous voulons de la vie dans chaque recoin de la France. » exprime Yves Hubert, membre de la commission GPII. « La ‘culture verte’ des villes, c’est du bling-bling qui consiste à un pseudo-verdissement à travers des projets écologiques qui n’en sont pas » dénonce Luce.

La carrière, un site rempli d’histoire. Le lieu d’implantation de l’Arbre aux Hérons a sa propre histoire qu’il est impossible de « raser » à coup de bulldozers. Cette ancienne carrière désaffectée a été reprise par des brasseries pendant de nombreuses années, et c’est en 1985 que les bâtiments ont été détruits. La nature a alors repris son droit et la friche devient un lieu de promenade au bord de Loire. « On ne peut pas nier que ce lieu existe, comme si l’on pouvait faire table rase d’une nature en ville. » explique Luce. Le projet de l’Arbre aux Hérons, issu des archives de Nantes Métropole et des Machines de l’île, n’a pas tenu compte de l’avis des habitants du quartier.

La carrière Miséry en destruction. ©La Commune de Chantenay

Un projet dépassé face à l’évolution des pensées. La crise sanitaire confirme la superficialité de ce projet d’envergure, et renforce les motifs de contestation. « Il est encore plus temps de se poser des questions. Il y a des choses plus importantes à régler avant de mettre 100 millions d’euros dans un nouveau parc d’attraction, comme les conditions des aides-soignants dans les hôpitaux et les maisons de retraite, par exemple. », tonne Yves Hubert. Il enchaîne : « Quant au changement climatique, il nous impose de réfléchir autrement à notre futur. Bruno Latour [sociologue et philosophe], pendant le premier confinement, avait clairement exposé les questions que chacun doit se poser : qu’est-ce qui est à garder du monde d’avant ? Et qu’est ce qui est à rejeter du monde d’avant ? On en tire la conclusion qu’il faut faire marche arrière dans de nombreux domaines. »

Que vous soyez Pour ou Contre, l’Arbre aux Hérons n’a pas encore fini de faire parler de lui. La fin de sa phase d’étude ouvrira prochainement sur un second vote des élus de la Métropole. Ce vote sera déterminant quant au financement d’un tiers du projet, et à l’éventuel lancement de sa construction.

Leonie Borsato

Leonie Borsato

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