Le Nemo
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Tous à poil : être employé d’un camping naturiste, c’est comment ?

Mesdames et Messieurs, accueillez sur le podium, le n°1 des destinations naturistes du monde… (roulements de tambours) la France ! Avec plus de 500 plages, piscines et établissements consacrés à cette pratique, le pays attire plus de 2 millions de naturistes étrangers chaque année. Selon la Fédération Française du Naturisme (oui, ça existe), 4% de la population française pratique le tourisme tout nu, tout bronzé. Le Nemo a rencontré Aymeric Perey, 27 ans et ancien paysagiste au Serigan Plage Nature. Franchisé Yelloh Village, ce camping naturiste cinq étoiles situé au cœur de l’Hérault offre un confort loin des valeurs des années 70.

Le Nemo : Vous aviez 23 ans quand vous avez commencé à travailler dans ce camping. Avec ce rapport à la nudité que véhicule la société, comment s’est passée votre intégration dans ce genre de structure ?

Aymeric : Je ne le cache pas : au départ c’est malaisant. La nudité est quelque chose qui reste privé, pour toi ou celui ou celle qui partage ta vie. Donc ça m’a fait un effet particulier : c’est comme si j’étais à poil (rires). Mais je ne l’étais pas ! Notre équipe et celle des employés de ménage avaient le droit de rester habillés, pour des questions d’hygiène et de sécurité comme nous manipulions du matériel. En revanche, les autres membres du personnel étaient nus. Les réceptionnistes, les animateurs, les maîtres-nageurs… Ils devaient avoir leur carte membre de la Fédération.

Dans un milieu où les corps sont dévoilés en permanence,
j’imagine qu’il y a des règles à respecter. Qu’est-ce qui peut être mis en place ? 

Et comment ! Avant de signer un contrat, on passe une sorte d’entretien pour évaluer notre état psychologique par rapport à la nudité, au sexe. Beaucoup de questions sont posées sur tes ressentis par rapport à ça, si tu as des complexes, qu’est-ce que cela te fait de voir des gens nus… Ce sont des sujets très intimes et il est difficile de répondre quand tu n’as pas encore vécu l’expérience ! Sur place, c’est vraiment très surveillé. Il y a toujours quelqu’un (un collègue, un supérieur, une personne de la direction) qui est là pour vérifier que tu n’as pas un regard vicelard, que tu n’as pas de paroles ou de gestes déplacés. On avait un badge qui donnait notre nom et heure de passage à tel endroit du camping. Tout est cadré.

Ce qui peut se comprendre…

Tout à fait ! Je trouve ça normal : des personnes sont en vacances, dans un endroit dans lequel elles ont confiance. C’est une forme de respect que la structure leur doit. Il n’y a pas non plus le droit au téléphone, au cas où nous prendrions des photos, ou des vidéos. Pour communiquer entre nous, les membres du personnel, nous avons des talkies. La surveillance est constante : il faut même faire attention qu’il n’y ait pas de drones ! Le moindre faux pas de la part d’un employé terminerait au tribunal (et c’est déjà arrivé !).

Né dans en Allemagne au XIXe siècle, le naturisme connait un fort succès dans les années 1970. C’est au Cap d’Adge, en 1974, que le congrès fédéral naturiste s’est accordé sur la Définition Internationale du naturisme : « Le naturisme est une manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisée par la pratique de la nudité en commun, et qui a pour conséquence de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et de l’environnement ».

Il s’agit d’un camping cinq étoiles, dans le sud de la France. Une localisation prisée par les touristes ! Quel « type » de clientèle retrouve-t-on dans une structure naturiste de cette ampleur ?

Le camping est divisé en deux parties : les naturistes d’un côté et les « habillés » d’un autre. La capacité totale du camping est de 8 000 personnes (naturistes et vêtus confondus) et 55 hectares. Des grandes piscines, des toboggans, des restaurants ; c’est une vraie ville. Il y a des quartiers à thème : Far West, plage « à la Bora Bora », japonisant, etc. C’était exigent au sens où rien ne devait
« dépasser » , tout doit être nickel, en permanence. Mais les clients, eux, n’ont jamais été désagréables, en tout cas je n’en ai pas le souvenir. Il y a beaucoup de hollandais, d’allemands, de russes, de polonais… Et toutes les classes sociales y sont mélangées : des médecins, ingénieurs, ouvriers, chef d’entreprises. Il y a de plus en plus de jeunes. C’est une tendance qui évolue. Des grands-parents viennent avec leurs petits-enfants. Ils cherchent à leur donner les clés pour se sentir bien dans leur peau et désacraliser le rapport au corps dès l’enfance. Il y a aussi des ados, des jeunes adultes qui trainent ensemble et cela n’a rien de malsain, même si à cette époque de la vie, la sexualité prend un place importante dans l’intimité.

Justement, est-ce que cette expérience a changé votre propre rapport au corps ?

Complètement. Je n’avais pas de problèmes particuliers avec la nudité et mon rapport au corps mais j’avais un regard fermé. En tout cas je m’en suis rendu compte grâce à ce job. Ça m’a énormément ouvert l’esprit. J’ai appris à désacraliser le corps, la sexualité. Je me suis questionné sur l’acceptation de soi durant ces deux années en tant qu’employé. J’avais des complexes que je n’ai plus aujourd’hui. Pour moi, le naturisme met tout le monde à la même échelle : tu ne peux montrer que ce que tu es réellement. On s’intéresse d’avantage à la personne en elle-même, elle est à nu au sens propre, comme au figuré (rires) !

Pour finir : quel est, selon vous, le futur réservé au naturisme ?

Je pense totalement que le naturisme va se démocratiser. De plus en plus de jeunes sont clients de ce genre de campings. Pour l’instant, les français sont encore dans la crainte et le jugement, mais les mentalités changeront. De mon côté, je n’ai pas encore tenté l’expérience… mais après l’avoir vu et compris, pourquoi pas (rires) !

Marie Thomazic

Marie Thomazic

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