Le Nemo
Inclusif-ve - Tristan Bartolini

Le graphisme au service de l’égalité. Zoom sur l’alphabet inclusif de Tristan Bartolini

En octobre dernier, Tristan Bartolini, étudiant Genevois en arts et design, remporte le Prix Art Humanité pour son projet « L’inclusif-ve », une police de caractères épicènes. Liant lettres et genres, cette innovation graphique souligne un besoin de la langue française de suivre les évolutions de la société en matière de genres et d’inclusivité.

Chaque année depuis six ans, le Comité international de la Croix-Rouge et la Haute école d’art et de design (HEAD) de Genève récompensent les projets étudiants. Chaque étudiant-e de la HEAD peut y participer. Le projet se doit d’être engagé humainement, et correspondre à des attentes artistiques. En 2020, c’est Tristan Bartolini qui remporte le prix pour son projet « L’inclusif-ve » : « Je voulais faire un projet typographique et en observant un peu tous ces langages inclusifs tels qu’ils existent aujourd’hui, je me suis dit que ça pouvait être très intéressant d’expérimenter ce langage inclusif au travers de dessins de lettres. » C’est avec cette idée qu’il invente de nouveaux caractères en mélangeant le P de Papa et le M de Maman, le FE de Femme et le HO d’Homme, ou encore le A de La et le E de Le. Une quarantaine de signes épicènes qui regroupent les deux genres, pourtant très éloignés dans la langue française.

Inclusif-ve – Tristan Bartolini
Inclusif-ve – Tristan Bartolini

Une volonté inclusive et poétique

Cet alphabet épicène, Tristan ne le perçoit pas comme une solution alternative : « Je ne trouve pas le langage inclusif problématique. À la lecture, c’est une question d’habitude. Quant à l’écriture, ça prend juste un petit plus de temps, mais, est-ce que c’est vraiment grave ? Aujourd’hui on nous demande d’être rapide, c’est pour ça que ça nous semble embêtant. »

« Avec ce projet, mon optique n’était pas de proposer une solution à l’écriture inclusive, mais d’attirer l’attention sur cette problématique de la langue française »

Tristan Bartolini

Même si la langue française n’est pas encore adaptée aux différentes revendications d’identités, elle est intrinsèquement vouée à évoluer. « Je ne sais pas si c’est une question de langage épicène ou si elle va se neutraliser avec l’invention de nouveaux mots et le changement de certaines règles syntaxiques. En tout cas, la langue a besoin d’évoluer » confie Tristan. Avec ce projet, le jeune Genevois s’inscrit dans un mouvement déjà initié depuis quelques années. Différentes polices inclusives existent déjà sous licences libres, notamment sous le collectif « Bye Bye Binary », qui réfléchit à rendre les accords de genre fluides grâce à la typographie, et à l’aménagement d’un troisième genre. Une avancée indispensable pour les personnes transgenres, genderqueer ou non-binaires.

Tristan Bartolini

Et après ?

« L’inclusif-ve » n’est encore qu’un projet expérimental, que Tristan ne considère pas comme abouti. Sa potentielle utilisation pose de nombreuses questions que le jeune étudiant ne peut résoudre lui-même. La première étant : comment taper ces signes sur un clavier ? Accompagné par la HEAD, Tristan bénéficiera des connaissances et des contacts qui lui permettront de mener à terme ce projet.

Cet alphabet, épicène et poétique, a révélé en lui un goût prononcé pour la question du genre. Fier de son projet, il pense continuer ses études dans ce domaine, une filière qu’il a découverte récemment. « J’aimerai avoir une connaissance théorique de ce sujet, de manière plus approfondie, afin d’avoir les outils pour essayer de faire d’autres projets qui ont une portée et un sens plus adapté. » Voilà un avenir prometteur pour l’inclusivité.

Leonie Borsato

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