Le Nemo
Famille profitant de Noël / Freepik

Le Noël qu’il nous faut, c’est…

S’ils devaient sauver une date, ce serait celle de Noël. Le 24 ou le 25 décembre est devenu synonyme de partage, d’union, d’émotions et de traditions, à leurs yeux. Pour rien au monde ils ne pourraient se priver de cet instant sacralisé. Pas même pour le virus de l’année. Noël fédérateur, Noël générateur de lien social. Et si c’était d’une prescription pour un Noël ensemble dont les Français avaient besoin en 2020 ?

D’un côté, il y a les partisans d’un Noël le 24 au soir. De l’autre, les doux militants du 25 au matin. Et au milieu, il y a ces drapeaux blancs, qui ne sauraient s’embarrasser d’un choix. Cet événement, se fête jusqu’à plus faim, jusqu’à plus soif. Tant qu’il ne reste plus personne autour de la table. Et si certains s’interrogent encore sur la manière de procéder cette année : ajuster, imposer des restrictions, reporter, annuler. Tous, évoquent la volonté et la nécessité de se retrouver.

Des habitudes rassurantes

Noël, cette « effervescence collective » au sens d’Émile Durkheim, représente un instant de communion où les expériences s’alignent. Un moment où vont s’exprimer solidarité et émotions. Un temps certain, point d’ancrage d’une année incertaine. Face à ce besoin de fêter Noël, porté par un ensemble, Clémentine Le Guennec, psychologue clinicienne, analyse. « Noël c’est la fête familiale véritable. Que l’on soit croyant ou non. La famille, c’est peut-être et concrètement la seule chose sur laquelle on peut compter. Aujourd’hui, on perd un peu tous nos repères et Noël vient apporter ce côté rassurant. On connaît. Ça vient ressouder des liens. Les gens sont sur un fil et cet instant vient sonner l’espoir et le répit. On sait à quelle date nous retrouverons nos proches, avec une quasi-certitude. C’est notre carotte à tous ». Un côté rassurant, fragmenté dans les habitudes. Une période singulière, assurée par la présence de « micro rites ».


« On n’a pas envie d’aller se coucher à 20 heures le soir de Noël »

Ambre, 26 ans

C’est la gorge serrée qu’Enora, 26 ans, se souvient de toutes ses habitudes de Noël, propre à son enfance. « Même si j’étais jeune, je me rappelle de nos rituels. Le 24 avant d’aller chez ma grand-mère, on passait voir toutes les maisons illuminées. Avec mes cousines, on chantait pour nos grand-parents. Il y avait aussi cette grande table et plein de cadeaux de partout. Je ne me souciais de rien. C’était la bonne époque. ». Et si cette ritournelle peut faire écho, il est des coutumes, toujours quelque peu insolites, propres à chaque famille. «Tous les ans, mon père passe une corde par la mezzanine et le sapin se retrouve tête en bas. Encore une idée de ma mère. Du coup, on place les cadeaux devant le feu de cheminée », en rigole Ambre, professeure des écoles. Pour la jeune femme, Noël est avant tout le moment par excellence où elle peut retrouver sa famille, et jouer à des jeux de société. Des jeux comme Blanc Manger Coco. Parce que surtout : « On n’a pas envie d’aller se coucher à 20 heures le soir de Noël ».

Jocelyn, 51 ans, a quant à lui, chaque année, coutume de filer de la Manche, direction le Calvados. Aux côtés de sa femme et de leurs enfants, quand ils sont de la partie, ils s’en vont retrouver les parents de l’un et de l’autre. Clémentine Le Guennec intervient. « Dans une époque où tout le monde est dispatché, Noël vient rassembler tous ces membres d’une famille, le temps d’une soirée. C’est la fête où on regagne nos racines. C’est ce lien intergénérationnel que l’on retrouve à cette occasion. » À l’heure des incertitudes, les points d’ancrage ont de quoi apaiser.

« Avec mes proches ou rien »

Les fêtes de fin d’année, « ne pourront pas se tenir de la même manière que d’habitude ». Telles étaient les paroles du Premier ministre, Jean Castex, le 12 novembre dernier, lors d’une conférence de presse. Alors que la coupe se remplit petit à petit chez chacun, remanier ses certitudes serait-il possible et envisageable ?

Les Noël de Jocelyn peuvent parfois rassembler 15 ou 20 personnes. Une partie de la famille est catholique pratiquante et entame les messes de minuit et autres traditions religieuses de son côté. L’autre, quant à elle, ne l’est pas du tout. « On est pratiquement dans les extrêmes c’est marrant et c’est sympa. Ça permet d’échanger. C’est ce qui constitue nos Noël ». Aujourd’hui, pour lui, cet événement n’est pas signe de religion, plutôt d’une tradition, devenue repère d’une année. Ce qui lui plaît avant tout dans cette soirée si spéciale demeure ce moment en famille. Ce père et fils, évoque le fait de ne pas avoir vu ses parents, âgés de 80 ans, depuis septembre. « On a la visio mais ça ne remplace pas le lien direct. On a besoin de se revoir. Forcément, en 2020 on se pose des questions. Ce qui pèse dans la balance reste résolument l’âge des personnes autour de la table. Faire Noël sans mes parents où ceux de ma femme, c’est inconcevable. D’ailleurs, si cela devait se fait sans eux, je ne ferai vraiment rien. Non non non. C’est malgré tout la tradition. Noël, c’est avec mes proches ou rien » .


7 Français sur 10 disaient accepter un confinement pendant les fêtes

Baromètre des deux crises No Com – Le Parisien , réalisé par l’IFOP

Selon notre psychologue clinicienne, c’est un schéma récurrent. « Comme Noël est intergénérationnel, souvent les soirs de Noël, les gens sont très nombreux. Il suffit qu’il en manque quelques-uns – et ça je le vois quand des grands-parents décèdent – certains de mes patients mettent un ou deux ans avant de fêter Noël. Ou, ils peuvent faire en sorte que Noël ne se répète pas sous les mêmes traditions ».

En 2019, une étude IFOP, sur Les Français et leurs attentes vis-à-vis des retrouvailles familiales à Noël : bonheurs et déceptions, démontrait que 38 % des Français jugeaient « l’absence d’êtres chers (décès, brouilles, éloignement géographique, etc.) comme première cause de ce qui les pesait à Noël. Puisque, pour 84 % des interrogés, ce qui comptait le plus lors des fêtes de Noël, était avant tout de « passer du temps avec ceux qu’on aime et rassembler les familles ».

En ce qui concerne Ambre, même si à ses yeux, il serait « hors de question de passer Noël seule », elle et sa famille envisagent de « reporter Noël ». Du moins, pour les offrandes habituelles. « On n’appellerait pas ça Noël forcément, mais si on ne se voit pas tous le jour J, on veut pouvoir se donner nos cadeaux en mains propres ». Et l’importance de « faire attention » prend son sens, quand elle évoque la maladie de son père, et cette impossibilité de prendre le risque de se retrouver à trop, sous le toit de la maison. Mais, même à trois, la jeune femme de 26 ans s’imagine, vin chaud en mains au coin du feu, prête à se « goinfrer de gâteaux en tout genre ». Elle fait la balance, les yeux vers le ciel, déjà plongée dans son futur Noël.


« Les fêtes meurent de plus en plus, mais Noël ne doit jamais s’éteindre »

Nathanaël, 22 ans

L’IFOP, dans l’étude citée précédemment, dévoilait que 8 % des Français affirmaient passer Noël seul en 2019. De manière contradictoire, cette année d’après le baromètre des deux crises No Com – Le Parisien, 7 Français sur 10 disaient accepter un confinement pendant les fêtes. Si la protection des personnes aimées paraît primordiale, maintenant que les « barrières » sont levées pour la période des fêtes de fin d’année : que feront vraiment les Français ?

Pour certains, dont Nathanaël, il serait inenvisageable de faire l’impasse sur Noël, ou de le reporter. « Pour moi, Noël c’est le 24, peu importe la situation. Il faut que ça reste comme ça. Même s’il y a des personnes âgées présentes. Même si on doit porter un masque tout le repas. On ne fera pas la bise. Mais on ne reportera pas Noël. » affirme d’un air assuré, le jeune homme de 23 ans.

Sur ordonnance et remboursable

Le monde se heurte à un paradoxe depuis le début de la crise sanitaire. L’éloignement des êtres, est, ce qui permet de stopper la propagation du virus. Mais la distance recommandée ou obligatoire, est devenue préoccupante pour la santé mentale de la population. Au 27 novembre, CoviPrev, une enquête nationale de Santé publique France démontrait que les troubles anxieux et dépressifs atteignaient désormais 20,8 %, des 2 000 personnes de plus de 18 ans, interrogées en ligne. Selon la dernière enquête 2017, pré Covid, seul 10 % de la population manifestait des signes de dépression.

Nathanaël reprend : « J’ai besoin de Noël et nous en avons tous besoin. Surtout en ce moment. Noël, ça nous permet de penser à autre chose. Si on peut avoir un bon moment cette année eh bien ça sera celui-là. Il ne faut surtout pas le louper. Les fêtes meurent de plus en plus, mais Noël ne doit jamais s’éteindre. »

Sur les patients de Clémentine Le Guennec, certains médecins ou policiers, se disent aussi prêts à faire Noël cette année, quoi qu’il en coûtera. Et si, à bien des égards, l’on se préoccupe davantage de la santé de nos aînés, ces derniers ne seraient pas en reste. La psychologue développe. « Beaucoup sont tout simplement prêts à passer au-dessus d’une certaine réglementation. J’ai une patiente de 87 ans qui m’a clairement dit : “Je vais mourir un jour, je ne fais pas un Noël sans mes petits enfants”. Elle en a discuté avec ses copines et elles pensaient de la même manière. Elle était claire et déterminée et fera Noël dans tous les cas. Et si elle doit attraper le Covid à ce moment-là, elle le choppera. Mais elle ne restera pas seule pour cette fête. »

« Le plus important à Noël, c’est ça je pense : passer un bon moment avec du champagne et des gens que t’aimes »

Enora, 26 ans

La psychologue clinicienne comprend, qu’aux yeux de certains, cela puisse paraître « égoïste ». Mais, dans un monde où « les relations sont égratignées », elle compare Noël à un drapeau blanc, une parenthèse qu’on s’accorderait, autour « d’une dinde, de cadeaux et avec la famille ». Et même si, elle met en garde sur les retombées psychologiques qui suivront derrière ces fêtes, lorsque tout le monde se retrouvera seul, elle conçoit l’importance que revêt Noël. « Nous sommes humains et c’est ce qui nous différencie des objets. Nous avons besoin de ce rapport social. Noël devient le mode survie. Tout le monde est en train de canaliser dessus. On sait que c’est probablement notre seule chance de se retrouver. On ne sait pas ce qui adviendra ensuite ».

Cette notion d’urgence, Cassandre, 14 ans, la conçoit pleinement. Elle qui dit, « adorer Noël » et le considérer comme son « moment préféré de l’année », souhaiterait particulièrement pouvoir le fêter en 2020. « C’est peut-être le dernier Noël que je peux passer avec mon grand-père, puisqu’on lui a annoncé il y a quelques semaines qu’il avait un cancer du pancréas. C’est très difficile. Je veux faire son dernier Noël avec lui et tous les autres. ». L’adolescente en herbe, veut croire en la magie de Noël, et rassembler tout le monde autour des bûches et des gâteaux, qu’elle commence déjà à élaborer. Sa liste au père Noël est déjà bien entamée. Que lui réservera-t-il cette année ? Un Iphone 11 ? Des vêtements ? Des accessoires pour les cheveux ? En attendant de calmer ses incertitudes, elle se concentre sur ce qui est certain : la décoration de son sapin.

Et si parfois, au-delà des lumières, du partage, des retrouvailles et des échanges de cadeaux, Noël peut être source de discordances et de tensions, est-ce une raison pour y « renoncer » ? Enora marque le ton. « Cette année, je signerais même pour ces petits coups de gueule propres à Noël. Parce que tôt ou tard, on finit par en rigoler. Les tracas de ce jour, finalement, qu’est-ce que c’est ? » Dans un rire, elle poursuit. « Le plus important à Noël, c’est ça je pense : passer un bon moment avec du champagne et des gens que t’aimes. » Cette année, tous s’accordent : « Le Noël qu’il nous faut… », il commence ensemble.

Marie Le Seac'h

Marie Le Seac'h

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