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Stress, anxiété, risques psychosociaux. Les conséquences psychologiques du confinement

Le premier confinement du printemps, lié à la pandémie de Covid-19, a mis en lumière des effets sur la santé mentale des Français. À Nantes comme ailleurs, une anxiété ambiante et des risques psychosociaux s’accumulent et sont notables par les services compétents. « Nous voulons éviter une troisième vague, qui serait une vague de la santé mentale pour les jeunes et les moins jeunes », a indiqué Olivier Véran, ministre de la Santé, le 18 novembre, lors d’une visite dans les locaux d’une plate-forme d’écoute, à Paris.

La complexité des troubles psychologiques nécessite d’envisager le sujet dans sa globalité. Ainsi, il faut distinguer les pathologies chroniques, diagnostiquées, souvent psychotiques, des risques psychosociaux liés aux conditions d’enfermement et de télétravail connues en cette période. « Pour les psychotiques, le service n’a pas remarqué de nouveaux cas après le premier confinement. Cependant, chez les personnes déjà malades, qui, par leur pathologie sont peu sociables et vivent recluses, nous avons constaté une recrudescence de leur pathologie », déclare Thomas, infirmier du service psychiatrique du CHU de Nantes. Cette rupture de prise en charge, a nécessité une hospitalisation durant la deuxième partie du confinement, et juste après pour rééquilibrer l’état de santé de ces patients.

Psychologie : Science qui a pour objet l’étude des phénomènes psychiques. 
Pathologie : Ensemble des manifestations des maladies pouvant toucher un organe, un élément anatomique. 
Risques psychosociaux : Risques qui peuvent être induits par l’activité elle-même ou générés par l’organisation et les relations de travail.
Psychose : Maladie mentale atteignant globalement la personnalité et les fonctions intellectuelles. Elle se caractérisant notamment par le fait que le sujet n’a pas conscience de son état.

S’appuyant sur des données de Santé publique France, Jérôme Salomon, directeur général de la santé souligne que « la crise sanitaire de la Covid-19 révèle la vulnérabilité psychique de nombreux Français ». Le monde médical tire lui aussi la sonnette d’alarme. Les enjeux en termes de santé publique sont importants et concernent le plus grand nombre. « En dehors du suicide, on meurt rarement directement d’un problème de santé mentale, mais c’est une cause de mortalité prématurée, du fait de la dégradation des habitudes de vie et de l’état de santé », précise Enguerrand du Roscoät, responsable de l’unité santé mentale à la direction de la prévention de Santé publique France.

Anxiété, dépression, troubles du sommeil, stress post-traumatique : des conséquences « Covid »

Si des patients atteints de psychose, pris en charge, ont connu une rechute de leur maladie à cause de l’arrêt des soins pendant cette période, les services de psychiatrie ont vu arriver de nouveaux profils. En effet, « un nombre conséquent de personnes qui n’avaient jamais été hospitalisées, voire n’avaient jamais consulté le médecin traitant pour dépression, ont déclaré des troubles anxieux ou dépressifs », confirme Thomas. Ces premières consultations et hospitalisations sont les conséquences socio-économiques et professionnelles du confinement. Pour l’heure, c’est la forte hausse des états dépressifs qui interpellent les autorités. Au 12 novembre, 21 % de la population générale souffraient d’épisodes dépressifs, soit deux fois plus que fin septembre. Les résultats viennent de CoviPrev, une enquête nationale de Santé publique France qui a interrogé en ligne, à intervalles rapprochés, des échantillons indépendants de 2 000 personnes de plus de 18 ans. À titre indicatif, avant l’apparition de la Covid, 10 % de la population avait vécu un épisode dépressif dans l’année précédente.

L’enfermement et les contraintes induites par le contexte constituent la principale source de troubles psychologiques de cette période. La communication de crise inadaptée est également une source de stress. Des spécialistes suggèrent d’ailleurs aux autorités de communiquer régulièrement et en toute transparence pour limiter les effets négatifs. Aussi, la perspective d’un confinement d’une durée limitée, avec une date de sortie claire, en limiterait davantage les conséquences néfastes selon ces mêmes spécialistes. L’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, le stress post-traumatique, tous ces troubles déjà existants s’étendent à de nouveaux profils à l’heure du confinement. Ces nouveaux patients sont alors des produits de la Covid-19, des victimes supplémentaires et collatérales d’un virus dévastateur.

Quid des risques psychosociaux étendus aux télétravailleurs ?

Près d’un salarié sur deux connaît désormais une détresse psychologique, « impactant toutes les dimensions de leur vie » , précise l’enquête d’OpinionWay. Un tiers des salariés est en état d’épuisement émotionnel sévère et 5 % en burn-out, une maladie qui touche deux fois plus les managers. Ces résultats, en hausse depuis le confinement, est extrait d’une étude réalisée par OpinionWay pour Empreinte Humaine, une société franco-canadienne spécialisée dans la prévention des risques psychosociaux. Réalisé auprès d’un échantillon de 2000 salariés du privé et du public, du 19 au 28 octobre 2020, ce sondage met en lumière les effets délétères de cette situation de crise inédite, traumatisante pour certains.

Cet été déjà, l’Institut ADP Research, spécialisé dans les tendances de l’emploi et des ressources humaines soulignait que « les inquiétudes des salariés concernant la sécurité de leur emploi s’accroissent, et certains d’entre eux souffrent d’une surcharge de travail et d’un manque de moyens ». Ces incertitudes professionnelles s’ajoutent à la peur de la Covid-19. Les risques psychosociaux sont en hausse et touchent une part plus importante de la population active qu’avant la crise. En France, les risques psychosociaux (ou RPS) désignent « les risques qui peuvent être induits par l’activité elle-même ou générés par l’organisation et les relations de travail », selon l’INRS. Troubles de la concentration, du sommeil, irritabilité, nervosité, fatigue importante, palpitations… Aujourd’hui, un nombre grandissant de salariés déclarent souffrir de ces symptômes.

De nouveaux risques psychosociaux sont apparus avec le recours grandissant au télétravail. Un nombre conséquent de télétravailleurs constatent des “incivilités numériques” qui prennent la forme d’un manque d’écoute ou d’une inattention de la part de certains de leurs collègues. Ces derniers font autre chose durant les réunions en visioconférence. Six télétravailleurs sur dix se sentent surveillés par leur hiérarchie car ils estiment que les outils numériques permettent d’indiquer leurs horaires de connexion. Par ailleurs, plus de la moitié des salariés en télétravail ressentent une pression liée au nombre exponentiel de mails envoyés avec copie à la hiérarchie. L’enquête d’OpinionWay montre néanmoins que la majorité des salariés trouvent que le télétravail est bénéfique car ils se sentent en sécurité et ne prennent plus les transports. Ce fonctionnement à distance est positif surtout dans les grandes villes françaises.

Confinement et télétravail : un besoin de solutions adaptées

Dès l’apparition des effets psychologiques du confinement et en particulier ceux liés au télétravail, plusieurs réponses ont été mises en place pour palier les difficultés vécues. Selon le baromètre établi par Empreinte humaine et OpinionWay, le soutien perçu par les salariés dans l’entreprise augmente. Ce soutien provient d’abord des collègues (83%), puis du N+1 (77%), la direction (70%) et la DRH (67%). Aussi, un soutien particulier de la médecine du travail est notable pour plus de la moitié des salariés.

Un numéro vert baptisé « Écoute, soutien et conseil aux télétravailleurs » est mis en place par le ministère du Travail pour les télétravailleurs. Les 70 psychologues mobilisés ont pour objectif d’« accompagner les salariés des TPE et PME qui se sentent particulièrement isolés ou vivent difficilement l’exercice de leur activité en télétravail », selon le ministère du Travail. Toutefois, Christophe Nguyen, président et psychologue du travail, qualité de vie au travail et risques psychosociaux chez Empreinte Humaine, a avertit sur la nécessité des entreprises de former leurs managers pour réorganiser la vie des salariés, afin de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Les effets psychologiques confinement et post-confinement des Nantais sont à l’image des constats nationaux. Cependant, il reste à noter que la situation sanitaire de Nantes diffère de celle d’autres métropoles ou zones géographiques. Par exemple à Paris, Lille ou dans la région Grand-Est, les nombres de cas positifs et de patients Covid en réanimation étaient conséquents. Les règles sanitaires renforcées et les confinements, parfois plus longs et stricts, ont conduit à des nombres différents de nouveaux patients dans les services psychologiques. Les effets sont les mêmes, les proportions de patients peuvent différer.

L’étude révèle une forte augmentation des arrêts maladie de longue durée et de ceux liés à des troubles psychosociaux depuis le début du confinement printanier. Les arrêts longs, c’est-à-dire ceux de plus de trente jours, représentent 12 % des arrêts maladie en 2020, contre 9 % en 2019. Anne-Sophie Godon, directrice de l’innovation au sein du groupe a précisé au Parisien que « Seuls 6 % des arrêts courts (moins d’une semaine), ont pour motif déclaré le Covid. C’est peu et c’est loin d’être la première cause d’absentéisme sur les douze derniers mois » . Toutes durées confondues, 15% des arrêts maladie ont pour motif les troubles psychologiques, après la maladie ordinaire (29%) et les troubles musculosquelettiques (17%). En mai, la montée des risques psychosociaux est devenue le deuxième motif d’arrêts maladie après la Covid.

Et maintenant ?

« En ce moment, nous sommes de nouveau sur un moment assez calme à cause du deuxième confinement. Pour les patients psychotiques cela devrait aller car nous nous sommes mieux organisés que pour le premier [confinement]. Cependant il faut s’attendre à voir de nouvelles personnes qui vont déclarer des troubles anxieux assez réactionnels face au contexte », indique Thomas, infirmier dans le service psychiatrie du CHU de Nantes.

Lucie Marinier

Lucie Marinier

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