Le Nemo
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Noob Reroll : pour un nouveau format d’édition

Le livre de poche est une merveille d’ingéniosité humaine. Une parcelle de rêve rédigé, que chacun peut transporter où bon lui semble pour, à tous moments, s’y plonger… à condition d’avoir de grandes poches.

Onze de large, dix-huit de long : en centimètres, un roman de poche est trois à quatre fois plus volumineux qu’un portefeuille, taille carte d’identité. Et c’est là sans prendre en considération le nombre de pages, dont dépend l’épaisseur du volume. Ne le transporte donc pas qui veut, malgré son appellation.

Entre le light novel

Format d’édition très apprécié au Japon, il se présente sous une apparence encore plus pratique que le poche : compilant environ 300 pages en un petit volume, mesurant 10,5 sur 14,8 centimètres, c’est LE livre de voyage par excellence. Sauf qu’il n’en existe pas, malheureusement, par chez nous…

Certes, ce ne sont là que descriptions et défauts soulignés pour qui ne s’y attarde pas, mais ça n’en est pas le but. Au lieu de cela, ces mots sont faits pour souffler aux éditeurs français un conseil plein d’espoir : faites-nous des light novels. Ayez confiance, vous vous ferez une faveur, permettant à beaucoup l’ayant abandonnée, faute de poches suffisamment larges, de se replonger dans la fiction écrite. De nos jours, il est si courant de devoir attendre et, par défaut, de se rabattre sur les écrans des téléphones et autres tablettes ! Il est désolant qu’un tel style littéraire ne soit pas d’ores et déjà exploité pour occuper ses pauses courantes de l’action quotidienne. Ce n’est pas pour rien que plusieurs dizaines de millions de volumes sont édités et vendus chaque année, au Japon : ce format plaît à tous, autant par sa forme que par son fond.

Et maintenant que vous réalisez l’intérêt de ladite forme, intéressons-nous à ce fond. Le light novel a vocation à être un divertissement : le style en est donc simple, réduit autant que possible à des dialogues. Les thèmes sont en revanche innombrables, bien qu’il soit bon de noter qu’il existe certaines tendances et modes, qui, souvent, se traduisent par la popularité et les adaptations de certaines séries en mangas et animés -comme c’est le cas, depuis quelques années, pour bon nombre d’œuvres suivant le trope de l’isekai, mettant en scène un individu transporté dans un autre monde. Ce sont donc des mondes innombrables, réalistes, fantastiques et/ou futuristes que recèle ce format encore étranger à l’édition française « conventionnelle ».

Différence de taille, photo par Cédric Taveau

L’exception qui confirme la règle

Si on souligne, ici, le terme « conventionnelle », c’est parce qu’au-delà des maisons d’éditions « conventionnelles », petites et grandes, une particulière, indépendante, s’est la première, essayée à la publication de light novels en France : Olydri Edition. Dirigée par Fabien Fournier, cette branche littéraire de sa société est responsable de la publication du versant écrit de ses univers, et en particulier des histoires liées au monde de sa web-série Noob.

Ainsi arrive le sujet de Noob Reroll. Une des trois séries publiées sous le format light novel, elle est l’un des nombreux point d’entrée dans la licence Noob. L’histoire se déroule en 2060, et met en scène Zack Middle, adolescent orphelin et solitaire, petit fils d’un certain Max Middle, champion d’e-sport et icône du célébrissime jeu MMORPG Horizon, aujourd’hui éteint. Son grand-père venant de mourir, Zack, sans famille, s’embarque dans un autre jeu en ligne, une expérience d’un nouveau genre, Horizon Reborn, suite du précédent. Sa raison : dans ce monde virtuel, certains personnages non-joueurs ne sont pas de simples I.A. (Intelligence Artificielle), mais des « perpétuels » des copies de la psyché de quelques-uns des plus grands joueurs du jeu d’origine. Et Fantöm, l’alias de Max Middle, est le plus célèbre d’entre tous.

On suit donc Zack à la découverte d’un monde dont les légendes ont bercé l’enfance, à la recherche du « perpétuel » du personnage de son grand-père. Et, bien évidemment, le jeune joueur ne sera pas seul, et le chemin vers son deuil sera long.

Une bonne lecture, pour tout le monde

Mais pas que… Deux tomes plus tard, le premier arc narratif de la série s’achève, et, en l’espace d’à peine 450 pages, on peut dire que le chemin en question est sacrément complexe ! Les aventures de Zack et Faye, sa sœur d’armes rencontré dans le jeu, sont tout bonnement époustouflantes, riches en action, découvertes, rebondissements et révélations. L’univers est extrêmement bien développé, et, bien que le procédé utilisé pour expliquer les détails d’Horizon Reborn au lecteur soit extrêmement basique (Faye a une connaissance encyclopédique de l’ancien Horizon, égrenant son savoir et le confrontant aux nouveautés), il s’insère très logiquement dans l’univers du récit, expliqué par le développement des personnages (Faye veut devenir la meilleure joueuse d’Horizon Reborn, et a donc accumulé ses connaissances sur Horizon pour se préparer). Les différentes figures du récit sont ainsi proprement décrites, chacune ayant droit à son moment dans le feu des projecteurs, l’intrigue savamment construite pour les mettre en valeur sans jamais oublier l’objectif premier de Zack.

En tant que spin-off de la série Noob d’origine, Noob Reroll est une réussite absolue. Si le public de la première y retrouve bon nombre de visages connus et a assisté à certains affrontements de légendes que Zack s’est vu conter par son grand-père, les nouveaux venus ne sont pas non plus mal accueillis. Suivant les aventures de l’adolescent, les lecteurs découvrent une histoire complète, unique, dotée de sa propre trame et de ses propres héros. Noob Reroll est une série à part entière, son lien avec la série Noob une simple connexion de background, l’ignorance de l’une n’empêchant pas d’apprécier l’autre, et inversement.

Je mettrai cependant en garde les littéraires qui, comme moi, sont habitués à des styles très soutenus : par moments, la narration est lourde, les dialogues écrasés par un trop plein de “dit-elle”, “explique-t-il”, “propose-t-elle”, etc ; c’est là le pendant, comme évoqué plus tôt, du style simplifié lié au format.

Mais que cela ne décourage personne : l’histoire en vaut la peine, et son format éditorial permet de le transporter aisément où bon vous semble. Il serait vraiment dommage de passer à côté de ce qui est, sans le moindre doute, le début d’une extraordinaire épopée, pour les héros de la série, pour ses lecteurs et, espérons le, pour l’édition française.

Cédric Taveau

Cédric Taveau

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