Le Nemo
Le tramway de Nantes @mathory_photo

La nostalgie des soirées, enfin… presque

Le manque des nuits à faire la fête et l’ambiance des bars bondés commence à se faire sentir. À l’heure actuelle, la nostalgie de ces soirées passées, à boire et à rire, parfume vos souvenirs. Il serait bien aisé de se plonger dans tout ce qui nous a manqué, de ces nuits agitées. Pourtant, le souvenir amer de ces bringues mal terminées n’est jamais bien loin.  

Ce soir, vous êtes installé.e sur un de ces tabourets du bar. Accompagné.e de vos ami.e.s et accoudé.e au rebord du comptoir. Vous jouez avec le dessous de verre. «Oh merde, vous l’avez encore détruit ! » Dans l’autre main, vous tenez une pinte de blonde. « Elle est bonne cette Edelweiss, non ? » Vous regardez l’heure sur votre téléphone. « Déjà 01h00 ! » Si vous ne bougez pas d’ici, vous allez devoir braver la tempête en marchant pendant trop longtemps. Pourtant, vous aimez les défis, mais traverser Nantes, la nuit, c’est une réelle épreuve. Vous finissez votre bière d’une traite et saluez vos ami.e.s.

Les pénibilités des transports en commun

Malgré le taux d’alcool ingurgité, vous arrivez à braver cette pluie collante et froide. Vous courrez jusqu’à en perdre vos poumons, comme à chaque fois.  Au loin, vous apercevez déjà la foule qui s’empresse de monter dans le dernier tram de nuit. « On va tous rentrer dedans ? » Arrivée au quai, à Commerce, vous êtes toujours mal à l’aise. Vous vous sentez à l’étroit lorsque vous êtes ici, dans le centre-ville de Nantes. Un peu observateur.trice vous voyez la bande à côté de la Mie Câline, toujours présente. Impossible de les reconnaître puisque leur capuche cache leur visage. Autour de vous, il y a la vie qui marche, court, crie et chante. La foule est pesante, peut-être même un peu trop oppressante. À cette heure là de la nuit, on ne se sent jamais à l’abri. Ce qui vous inquiète le plus, c’est le regard de cet homme à votre gauche. Un regard insistant et inconvenant qui vous étouffe et il faut le dire, c’est angoissant.

À ce moment, vous savez que ce sont les deux minutes les plus longues de votre vie… Vous tournez le regard vers la droite et vous imaginez les pires scénarios : ce qu’il pense de vous, ce qu’il pourrait faire… Vous n’êtes jamais en sécurité et ce soir, aucun de vos ami.e.s ne rentre vers Orvault. Vous êtes seul.e et incommodé.e par le regard persistant de ce mec. Le bruit du tram retentit dans votre tête. « Il arrive ! Enfin ! » Un brin de soulagement s’empare de vous. Désormais vous pouvez souffler. Le tram arrive et klaxonne sur un gars qui traverse. Encore un qui a trop bu. On dirait le Michel ou Bertrand qui est allé au bar après avoir fini sa semaine de travail. Un de ces quarantenaire qui n’arrive pas à dire à sa femme, sa volonté de partir de la maison. Vous savez, celui qui sent le vieux whisky, mélangé à l’odeur du vomi. En plus de ça, il dérange tout le monde. Le tram est là. Il pleut. Les gens se bousculent.

Vous arrivez enfin à vous réfugiez dans le tram. Vous restez debout, entre ces deux grands hommes. Eux au moins, ils arrivent à se tenir à la rampe du haut. Vous aussi vous la connaissez, cette rampe ressemblant à un torchon rempli d’huile. Mais, vous êtes toujours trop petit.e pour l’atteindre. Tant pis, vous essayerez de tenir en équilibre sur vos pieds. Au loin, des jeunes crient. Encore des néo-nantais pensez-vous. Vous mettez vos écouteurs pour ne plus entendre cette Jessica, qui pense avoir trop bu, ça ne vous intéresse pas. Peace Of Mind de Rema dans les oreilles, c’est beaucoup mieux. Le trajet est long et en plus de ça, on dirait que le conducteur a bu lui aussi. D’ailleurs, c’est quoi cette odeur nauséabonde d’alcool et de cigarette froide?

L’incapacité à réagir

Soudainement, le tram freine. Vous vous prenez l’épaule d’un des deux gars. Il vous dévisage. Vous le regardez avec vos yeux de chien battu. Votre attention se porte sur ce mec désagréable qui vous reluque un peu trop. Quand soudain, un des jeunes se met à frapper un autre. Il pousse même Jessica. Elle crie. Encore. Mais, cette fois-ci pour une bonne raison. Pourtant, personne n’ose s’interposer entre les hooligans du samedi soir. Dans le wagon du tram, sérieusement les mecs ? Les deux grands autour de toi, ne font rien. Et le jeune homme en face de vous fait semblant de ne rien entendre, de ne rien voir. Une femme tente de séparer les deux individus. Aucun des combattants ne parlent et pourtant, l’un d’entre eux se fait défoncer le visage. Des lunettes tombent au sol. Personne n’aide. Tous, ont leurs écouteurs dans les oreilles. Ils n’entendent pas. Ils ne voient pas. Ils prétendent. Le silence est pesant. Un peu trop d’ailleurs. Vous vous sentez, à nouveau, mal à l’aise.

Vous connaissez ce sentiment d’incapacité traversant votre esprit, mélangé à celui de l’insécurité. Pourquoi vous sentez-vous aussi vulnérable ? Vous ressentez l’adrénaline parcourant votre corps. Votre cœur palpite. La voix tremblotante et le cœur noué, vous restez là, vous aussi, immobile avec vos écouteurs… La nuit n’est sécurisée et personne ne peut arrêter ça. L’Erdre passée, vous arrivez enfin à Motte-Rouge. Vous descendez, sans vous préoccuper de ces jeunes hommes qui se battent avec violence. En espérant que ça ne se reproduise pas au prochain retour de soirée. Du moins, vous ne préférez même pas y penser…

Nolwenn Le Bozec

Nolwenn Le Bozec

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