Le Nemo

C’est ici que le Nemo est né.

Une coquille de noix sur des eaux agitées, qui se maintient à flot tant bien que mal, bringuebalée sous la pluie battante et emportée par les bourrasques de vent. C’est, sans exagération aucune, ce à quoi a pu ressembler la création du Nemo.

Le Nemo voit le jour en octobre dans son atelier Nantais, pensé et bichonné par sa vingtaine d’étudiants qui aspirent tous à la même chose : créer un médium de qualité, dans l’air du temps, pertinent et, il faut bien l’admettre, un peu turbulent. Et il en a connu des tempêtes, le Nemo, même avant sa mise à l’eau.
Quelle bonne idée, après tout, de créer le magazine d’un Master qui tirera sa révérence une fois la dernière porte claquée de l’année ! Quelle bonne idée, aussi, de créer le Nemo alors que le monde entier semble être paralysé par une crise sanitaire dont on ne voit plus la fin ? Décidément, l’équipage du Nemo semble ne plus avoir le scaphandre tout à fait étanche.

Puisque pourtant, contre vents et marées, ils se sont réunis dans leur repaire de pirates habituel, et ont choisi d’ajouter un navire sur la carte du journalisme.
Chacune et chacun a enfilé son plus beau ciré, celui avec une petite visière intégrée à la capuche (sans doute une invention d’un Nantais), a retroussé ses manches aux extrémités rayées blanches et bleues, et a pataugé jusqu’à la tanière où se sont tenues les décisions les plus importantes.
En arrivant, la lumière est sombre et l’on entend que les glissements humides des bottes de caoutchouc mêlées au crissement du plastique des cirés qui vont ruisseler au pied des porte-manteaux. Les mines de l’équipage sont sombres, graves. Les sourires se font rares, trop rares, dissimulés derrière des masques qui obligent à exagérer le plissement de ses yeux pour faire comprendre que l’on acquiesce ou que l’on est heureux d’être ici. Heureusement, le café est chaud et la morosité du monde extérieur semble s’évaporer dans la chaleur moite de la salle. De toute façon, difficile de distinguer quoi que ce soit dans cette épaisse fumée de cigare à l’odeur rance qui gratte les poumons.
C’est ici que le Nemo est né.
Ici, son équipage lui a donné un nom. Il lui a donné une couleur. Il lui a donné un fond.
Ici, une vingtaine d’insouciants ont décidé, alors que l’orage déchire le ciel dehors et que les vagues lèchent les plus hautes ampoules des phares non loin de Nantes, de monter ce média qui ne ressemble à aucun autre.
Dans ce repaire eurent lieu des discussions interminables où, penchés sur des cartes du monde et armés de leurs compas, les membres de l’équipage ont tout tenté pour le créer à l’épreuve de toutes les tempêtes. Certains matelots l’ont pensé pour être visible, ils et elles ont imaginé son nom, son logo, ont dessiné ses plans et fabriqué son squelette de bois. D’autres ont imaginé son contenu, qui se devait d’être original pour être plus facilement repéré dans la foule d’autres bicoques, mais aussi rigoureux et qui sache tenir son cap. Les derniers et dernières ont tenté de mettre de l’ordre et d’être une bouée dans cette étendue d’incertitude pour leurs camarades. Et, tous ensemble, ils y sont parvenus.
Aujourd’hui, le Nemo est à flot. Les eaux sur lesquelles il navigue ne sont pas plus clémentes, la brume ne s’est pas levée et ne semble pas prête à découvrir l’horizon, mais cette vingtaine de matelots insouciants et inconscients ont tout fait pour qu’il soit le plus résistant possible.

Malgré les éléments, la maladie, et un futur plus que balbutiant, le Nemo vogue et répand sur son chemin toutes les informations dont son vaillant équipage pu le charger. Fiable et moderne, ce robuste bateau saura être à la hauteur de son héritage, celui du Capitaine Nemo, né d’un brillant esprit Nantais.
C’est émus, éreintés et fiers que les membres de l’équipage le regardent voguer sur les mers déchaînées, et entendent bien poursuivre cette épopée journalistique.

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